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Traces de lumière du 10 Septembre 2018 : Voix vives avec Tahel Frosh et Daniel Maximin

Tahel Frosh

Poète, écrivain, journaliste, universitaire en littérature, et artiste performeuse, Tahel Frosh a fait ses débuts en poésie avec son recueil Avarice, publié en 2014 par Mossad Bialik Publishing (collection Kvar), accueilli avec grand succès.
En mai 2015 elle fait la une de la couverture d’une revue américaine, World Literature Today, dans son numéro consacré aux romanciers et poètes israéliens contemporains. Depuis cette année-là elle écrit une rubrique personnelle dans le journal le plus lu d’Israël, Haaretz. Elle écrit actuellement sa thèse de doctorat à la Section de littérature hébraïque de l’Université Ben-Gurion du Negev, dans laquelle elle explore le néo-libéralisme dans la littérature hébraïque contemporaine. Son deuxième recueil de poésie devrait être prochainement mis sous presse.

Daniel Maximin

Daniel Maximin, est né en 1947 à Saint-Claude. Romancier, poète et essayiste guadeloupéen, il a, notamment, été près de dix ans directeur littéraire aux éditions Présence africaine. Il a dirigé l'édition qui regroupe toute l'oeuvre poétique d'Aimé Césaire (Seuil) et fut maître de cérémonie lors de ses obsèques nationales. Il est actuellement conseiller au ministère de l'Education nationale.

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Commentaires:
Poèmes de Daniel MAXIMIN
Christian MALAPLATE | 17 Septembre 2018 06:07

Daniel Maximin

 

 

1. À MOTS NUS

Sur ta plage blanche

de phrases déboutonnées

de dérives et de rêves 

un trait d’union divague

et croise ton pas nu

 

tu dévoiles au rivage

la carte tendre à délivrer du sable

en cristaux d’essentiel

tissée à mots pieds nus

de rades et de pages

de seins et de déliés

 

tu laisses tes yeux sourire aux lames

tes pas consentir à l’écume

la mer te déserter

 

tu quittes toute oasis pour accueillir la soif

                                                                                  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2. CHANSER

 

Il faut chanter

chanter ensemble

paroles sans partition disharmonies d'accords

blues de la cage soupirs de guajira

tissages de solitudes et de polyrythmies

offerts au chant d’oiseau délivreur de barreaux

 

il faut danser                                            

danser à l'amble

risquer l'impair de deux

le possible au cou de l’équilibre

gestatio des pas nus sur l’advenu du rythme

vibrant du tambour-ka entre sol et sombra

 

il faut chanser

chanter racines danser récoltes

panser ruptures penser fusions

dépenser sueurs souffles salives

en vibrations de chair sans effusion ni presse

où les nous font duos bravant les partitions

en élans d'évidanses de porters et portées

 

il nous faut kadenser

danser musiques musiquer danses

graviter décentrés de pesanteurs ni d'attractions

tresser nos traces sur le fil de nos liens et le silence des voies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3. PREMIER MOT

 

Amour

mot seul plus riche au singulier qu’au pluriel

 

par amour

l’homme peut fleurir

la femme accueillir un fruit

 

en amour

même désertée

la graine préserve la soif

l’eau partagée ressource le feu

 

avec amour

même quand aimer n’a pas suffi

avoir aimé ne suffit pas

 

4. PRIVILEGE DE LA VOIX

 

La voix n'a pas de nom

l'œil reçoit la voix projette

le nommé n'est pas l'être

l'être est une avancée

ta voix dit son chemin

 

Si tu cries la langue se tait

la nuit t'accueille si tu chantes ton cri

et si tu veux rayonner d'aube rebelle

dévoile le chant du coq à la lampe et l'étoile

 

Si le silence te coupe

répare avec une voix de ronde

si le silence t'encercle

redresse le courbe sans aide de flamme

remplis le creux sans aide de fleuve

impose ta voix madras tramée d'air et de feu

 

Si une complainte de sirènes veut livrer sa noyade à tes lèvres

capte une voix de source pour ton élévation

une voix d'amont dressée face aux échos d'aval

et si tu poses ta voix

que ce soit sur l'embellie d'un pont

l'impossible ne traverse qu'avec le silence

Si ton cœur se désenchante

élève une voix d'oiseau pour sa gorge en cage

enracine une voix de sève pour implanter son nid

une voix qui place espoir en désespoir pour en creuser l'issue

 

Si l'amour convie les lèvres

écoute son premier silence d'après les éloquences

(la vertu de la voix sait répondre sans parler)

répond seulement avec ta voix de nue

et si l'amour déserte

puise ta voix d'oasis

 

Si ton solo cherche un accord

improvise un musicien

pour un intérim d'harmonie

le possible enchanté sans partition

à voix de blues et ka de pastourelle et guajira

 

Si tous les sens s'égarent

sur le sentier aveugle de l'oreille à la bouche

délivre la parole hors de l'étroit du corps

fenêtre ouverte sans les portes ni les clés:

privilège de la voix : elle ne peut que sortir

 

5. QUESTIONS AUX COULEURS

 

La peau est un masque

mais le seul masque qu’on ne peut jamais enlever

sa couleur vie expose la chair à son humanité

seule sa mort pourra la démasquer

Les couleurs circulent en palette intérieure vibrantes autour du coeur

la peau camoufle leur métissage sous sa couleur unique, livrant la

transparence de son enclos.

Quelle est la couleur des questions de couleur?

Couleur de peau !

Singulier sec des interrogatoires : quatre à cinq chichement répertoriées pour

mieux les séparer, déshabillées sous l’uniforme

(couleur primaire toujours incolore de cette question.)

Les couleurs de peau ?

Multiples, infinies indéfinies pour les yeux bien ouverts : couleur sable blanc

couleur lune, nuage, soleil, couleur liane, roseau, écorce, couleur sable noir

(couleur toujours nature de cette question : la terre a partout la couleur en

surface des peaux des humains)

Les couleurs de chaque peau ?

Un nuancier à reconnaître au toucher les yeux fermés : à l’ombre des pleins

et déliés, au fil des sources et des sentiers, un dégradé autour du rose

universel des lèvres, des langues, des issues de nectars

La couleur de deux peaux nues ?

L’atteinte unique d’un fondu enchaîné du charnel partagé, couleurs de

pointes dressées, de mains fertiles et de pieds nus, un tramé de teintes

déboutonnées sans souci d’assorti

(question toujours à tamiser de pénombre et lumière)

Qui peut vouloir sauver la peau de sa couleur ?

La rage de l’incolore décape la chair humaine

la haine esclave du même gratte la peau pour abolir le proche,

la peur bleue blanche noire des tissages du toi et moi, une giclée

d’impuissance blême sur les flambées du nous

(question rouge: réponse sang)

Qui demande aux cieux, aux eaux et à l’air libre de décliner leur couleur de

peau ?

Les parures de l’invisible protègent de masques bleus la peau du ciel et la

peau de la mer.

Quant au vert, jamais domestiqué, c’est la peau d’oasis

La couleur sur la peau, c’est un toucher de solaire veilleur de nue.

 

 

 

 

 

 



Poèmes de Tahel FROSH
Christian MALAPLATE | 17 Septembre 2018 06:05

Poèmes Tahel Frosh

 

1.

Une femme accouche, le ciel s’ouvre, un  secret se révèle

elle est allongée, fissurée, ardente, et son bébé

innocent de tous les cercles de la souffrance,

il pleure et ignore son nom, son identité, ses origines

mais il porte l’avenir

et elle sait qu’il habite le temps vivant

elle l’a appelé de loin

lui ouvrant la porte pour fermer, pense-t-elle,

une autre porte.

 

2.

Tu as donné le jour à un enfant. L’enfant a une chambre. Où est-elle ?

Tu as donné je jour à un enfant. L’enfant a une ville. Où est-elle ?

Tu as donné le jour à un enfant. L’enfant a un pays. Où est-il ?

Tu as donné le jouir à un enfant. Où est le lieu ?

Tu as donné le jour à cet enfant, une âme rayonnante que tu as appelée

Eilam

Et il est venu.

 

3.

Ouvrez la porte courbez vos têtes

J'ai loué tout un océan aujourd’hui!

 

Il a un four et une armoire

Et vraiment beaucoup d’espace!

 

Battez le tambour levez les yeux

Je ne me noie pas je suis un poisson résistant!

 

Il a l'électricité et des murs transparents

Une fenêtre et l’eau courante !

 

Tapez du pied épilez les cheveux

J'ai loué un petit roc aujourd'hui!

Il a un four et une armoire

Et charme et clarté il convient à l'enfant!

 

Roulez les yeux préparez la fête

Je suis un caméléon qui change de forme!

 

Il a une pièce à lui seul

Un robinet mort et un lave-vaisselle!

 

Racontez-moi une histoire il était une fois

Des nuages dans le ciel léchaient la mer

 

Le soleil a versé des tonnes de lumière

Et la lune prodigue une nuit bleue

 

Racontez-moi le récit de ce qui est arrivé

Le temps a coulé et perdu sa forme

 

Le premier vendeur a léché ses lèvres

Et l'homme sans domicile a ouvert les yeux

 

4.

Mon enfant

mon enfant

ce sont les monstres de la maison que je nourris

chaque jour

en ouvrant tes beaux yeux vers la lumière qui coule

je les séduits par le lait et le miel

 le pain sucré et la confiture violette

silencieux pour que

les  murs ne tremblent pas

et qu’aucun toit ne disparaisse

et nous les choses restions à leur place

 

5.

Votre convoitise est amusante

Oh ! elle m’amuse tellement

votre convoitise

jusqu’où ira-t-elle votre envie

de posséder

les maisons le travail les enfants les organes internes le vent

vous êtes si amoureux de votre convoitise

qu’elle vous empoisonne

et vous pénètre dans le sang

Oh! vous tremblez pour elle vous tremblez

pour votre convoitise ! Vous en rêvez la nuit

à craindre qu’on vous la prenne

et que vous restiez sans rien

sans les maisons le travail les enfants les organes internes le vent

vous tourniquez avec un porte-clés

les mains attachées

les yeux perdus

pour posséder vous êtes prêts à tuer

à égorger

à détourner le regard

mais la convoitise l’emporte toujours

l’assiette pleine de preuves, de documents, d’attestations

elle a toute une armée fin prête assujettie

elle vous a dans la poche du manteau, de petites marionnettes,

avec maisons travail enfants organes internes et le vent

 

6.

L’existence l’existence l’existence!

la mort la mort  la mort!

La vie la vie la vie !

la mort n’est pas rien pour nous

la vie est inutile

je marche dans le cimetière

que de tombes de fosses  de terre

un si bel espace  gaspillé

que de morts aux vies inutiles

écrasées par l’existence avant de la connaître

je me promène dans le cimetière

en lisant entre les lignes les maximes

des morts

tous de bonnes gens nobles et pures

parfaites et merveilleuses nobles et puissantes auréolées

de bravoure de labeur et d’amour

hommes de paix, de famille de fraternité et de Loi , tous

autant qu’ils sont sous le marbre noir et le marbre blanc

huit mille shekels de l' Assurance Nationale

pour chacun de ces morts merveilleux

combien d'argent! Combien de personnes!

Combien d'argent gaspillé dans un cimetière

et tous les morts, ô les morts! Qui va prendre soin d'eux!

Je parcours le cimetière et ramasse les pierres des tombes

pour les jeter sur les tombes voisines

je plains les vivants

qui doivent souffrir pour les morts

avec leur mort

pour les malheureux vivants

qui vivent avec de petites gens répugnantes

nauséabondes  paresseuses débiles

tous ceux qui sont restés après que les bons sont partis

tous ceux qui vivent leur vie inutile

l'existence leur casse  la tête

leur subtilise le picotement du plaisir quotidien

au bord de la mer avec le nuage et le bois et le parfum de l'oranger

absurde!

Je vais dans un cimetière

et je sais que c'est la vie!

Comment je gaspille  ma vie

quand il est interdit de la gaspiller

combien de gaspillage m’entoure

Il me gaspille et me fait tout gaspiller

et la honte me couvre

la honte de gaspiller

dépensière, je n’ai jamais économisé

malgré la nécessité d'économiser

et pour cela aussi j’ai honte

 vraiment   honte pour tout

du début à la fin  plusieurs raisons de honte

quelle horreur, l'horreur de la honte

un sentiment infâme  maudit qui devrait mourir!

Mais que ce monde est odieux que de méchancetés 

que de méchancetés  j’absorbe

 et je diffuse sur les autres

la méchanceté se propage comme un océan noir

la société est méprisable, la culture méprisable

je méprise tout cela et je veux le mépriser jusqu'à la mort

ou du moins jusqu'à l’épuisement de tout mon argent

et que je ne puisse plus mépriser, au moins à voix haute

mais tranquillement, en silence. Mourir de silence.

Je suis aussi calme que le fond de l'océan

des bulles de silence écument sur mes lèvres

de trop de silence des soupirs déchirent mon corps

soupirs horizontaux et verticaux

qui font un trou dans la terre

il ne faut pas gémir comme les soupirs

ils sont dangereux pour l'humanité

les soupirs déchirent mon corps!

Je soupirerai jusqu'à ma mort et peut-être même après

Ma bouche rouge et ardente résonne 

ma bouche rouge et vivante devrait se taire

mais elle résonne

Ah-hah !

Oh-oh !

Ah-ih !

Ah-ha ha ha !

Silence à ma bouche rouge  et vivante

le sang remplit mon corps gémissant

le sang remplit mon visage ardent et mon ventre

le sang remplit mes reins

un poêle de feu

plein d'encre triste.

Et la tristesse? Que serait une vie triste?

Pourquoi construire des ponts et des stades

pourquoi construire!

s'il y a des nuages rouges

des cieux déchirés

des baisers et des câlins

venez, venez, toutes les armées du-Oui

la validité des raisons et des circonstances

capturez-moi

mettez-moi dans la cellule des condamnés à la vie perpétuelle

je veux vivre pour toujours dans le sourire d’un petit enfant



Daniel MAXIMIN
Christian MALAPLATE | 17 Septembre 2018 06:01

Daniel MAXIMIN à propos de son livre / L'invention des Désirades écrit :

Ces poèmes mêlent à la fois la musique, l'exotisme et l'harmonie qui font l'archipel antillais le lieu de tous les possibles.

Daniel MAXIMIN en amoureux des îles, conte, chante, les cultures et la vie des Caraïbes, qui sont à la fois attachement aux racines africaines et formidable désir de s'ouvrir à l'autre et à l'ailleurs.
 



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