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L'italienne Alger
Christian MALAPLATE | 26 Septembre 2017 06:38

L'Italienne à Alger
Composé en 27 jours par un Gioachino Rossini de 21 ans, sur un livret d’Angelo Anelli, L’Italienne à Alger fut acclamé dès sa création, en 1813, au Teatro San Benedetto de Venise. Depuis deux siècles le succès ne se dément pas. Il faut dire que ce dramma giocoso* libère une joyeuse folie dramaturgique et musicale, où s’enchaînent des numéros jubilatoires. L’intrigue qui se joue des conventions invite à une fête sans cesse renouvelée ! Jugez plutôt : las de son épouse Elvira, Mustafà, bey d’Alger, ordonne à son capitaine des corsaires de lui dénicher une de ces Italiennes dont on vante tant les charmes. Ceci fait, il a prévu de marier son encombrante femme à Lindoro, jeune esclave italien qu’il retient en son palais. Le hasard fait échouer sur le littoral tout proche le navire d’Isabella, alors en quête de son fiancé disparu… Lindoro ! Celle-ci est amenée de force par les corsaires à Mustafà, immédiatement conquis par sa beauté. Mais, le plan du tyran ne se déroule pas comme prévu. Isabella use de son magnétisme pour le mener par le bout du nez. On retrouve dans L’Italienne à Alger l’idée du mariage impossible, de l’enlèvement... Sauf qu’ici, c’est le jeune homme qui est délivré par sa belle ! Ceux qui ont assisté à notre version du Barbier de Séville le savent : derrière un grand divertissement on trouve souvent une satire du pouvoir. propre de Rossini est de faire rire et réfléchir en musique. Et quelle musique ! Le « cygne de Pesaro » a donné à l’opéra-bouffe toute la virtuosité propre à l’opera seria. Ses arias et cavatines forçaient l’admiration de Balzac ou Stendhal (qui louait cette « folie organisée et complète »). L’Italienne… exprime aussi l’attrait de l’Orient qui, depuis le xviie siècle, fascine et inquiète. Des « turqueries » que traduit Rossini via une instrumentation spécifique, telles les percussions de la banda turca. Cette création de l’Atelier Lyrique cultive, dans une mise en scène sans modernisme et tout en bel canto, l’exotisme originel du son, pour rendre cet Orient imaginaire à sa loufoquerie.