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Paul CEZANNE
Christian MALAPLATE | 26 Mai 2017 19:11

La Montagne Sainte-Victoire, l'obsession sentimentale de Cézanne

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Elle est sa joie et sa souffrance. Il veut la saisir dans sa vérité, à travers sa carapace de roc. Sa correspondance le prouve. Ses lettres à Emile Bernard surtout, où se font jour ses théories sur la peinture, dont l'essentielle est bien de rendre la nature. Cette Sainte-Victoire, il veut la saisir sous tous ses angles, dans toute ses lumières, dans toutes ses couleurs, dans toutes ses transparences, ses vibrations, ses brillances et, en conséquence, dans toutes ses attitudes, car elle est, à ses yeux, un être doué de vie.

En effet, il a senti en elle une complexité, une richesse exceptionnelle, en ce qui concerne sa structure et son aspect physique, aspect qui varie d'un jour à l'autre, d'une heure à l'autre. Mais à chacun de ces aspects correspond un état d'âme différent, une sensibilité nouvelle. Ce sont ces aspects et ces états d'âme que le peintre, veut traduire comme étant les émanations profondes de la montagne. Son ambition, c'est bien de la peindre corps et âme, cette montagne devenue chair de sa chair. Ne devrait-il pas se faire psychologue autant que peintre pour en rendre l'image fidèle ?

Il explique à son jeune ami Gasquet: "Les grands pays classiques, notre Provence, le Grèce et l'Italie telles que je les imagine, sont ceux où la clarté se spiritualise, où un paysage est un sourire flottant d'intelligence aiguë... Regardez cette Sainte-Victoire. Quel élan  quelle soif impérieuse de soleil, et quelle mélancolie, le soir, quand toute cette pesanteur retombe !... Ces blocs étaient de feu. Il y a du feu encore en eux. L'ombre, le jour, a l'air de reculer en frissonnant, d'avoir peur d'eux [...] ; quand de grands nuages passent, l'ombre qui en tombe frémit sur les rochers, comme brûlée, bue tout de suite par une bouche de feu". Et Cézanne, selon Gasquet encore, ajoutait : "Longtemps je suis resté sans pouvoir, sans savoir peindre la Sainte-Victoire".

Revenant toujours sur le motif, et toujours désireux de faire mieux que la veille et d'approcher davantage la réalité, il contemple, dans le silence ; dans un face à face : "l'œil écoute", comme disait admirablement Claudel ; dialogue muet dans cette solitude. Son esprit et son cœur lentement pénètrent la matière, en apparence inerte, qui retient son regard. Il veut, douloureusement, lui arracher son secret, le mystère de son âme. Voici la communion peut-être à la suite de tant d'efforts. Touche après touche, il crée, il recrée, il anime. "Le temps et la réflexion modifient peu à peu la vision, et enfin la compréhension nous vient", note-t-il, en 1905, dans une lettre à Emile Bernard. Sera-t-il satisfait ? lui qui écrivait, le 9 janvier 1903 à Ambroise Vollard : "J'ai réalisé quelques progrès. Pourquoi si tard et si péniblement ? L'art serait-il en effet un sacerdoce, qui demande des purs qui lui appartiennent tout entiers ?" C'est qu'il ne s'agit pas seulement, pour Cézanne, de représenter concrètement un paysage, serait-ce à la perfection ; il convient de l'animer au sens propre du terme, en lui prêtant des sentiments. Ainsi, il écrit à son fils, le 8 septembre 1906, deux mois avant sa mort : "Enfin, je te dirai que je deviens, comme peintre, plus lucide devant la nature, mais que chez moi, la réalisation de mes sentiments est toujours très pénible. Je ne puis arriver à l'intensité qui se développe à mes sens, je n'ai pas cette magnifique richesse de coloration qui anime la nature". Car, explique-t-il quelques jours plus tard à Emile Bernard, les procédés ne sont pour lui que "de simples moyens pour arriver à faire sentir au public ce que nous ressentons nous-mêmes et nous faire agréer".

Le rôle, la mission suprême de l'artiste, c'est donc, selon Cézanne, de communiquer au spectateur, par l'intermédiaire des couleurs, la transe qui anime le peintre lui-même, le sentiment qui l'habite et qui n'est autre que celui-là même qui habite le motif peint et révélé, ici la Sainte-Victoire élevée à la dignité de personne humaine.

Ainsi donc Cézanne et sa Montagne se sont mutuellement enrichis dans cet affrontement, dans cette intimité, par l'effet d'une bienfaisante osmose. Cézanne, sans en avoir peut-être conscience, a "réalisé", selon le mot qui lui était cher, et qui représentait le but et l'angoisse de sa vie. Sainte-Victoire a grandi de tout ce que Cézanne lui a donné. Elle a conquis la gloire. Elle s'est révélée créature mythique, voire mystique. Et voici, pour l'éternité, Cézanne et La Montagne Sainte-Victoire unis.

Cézanne voulait mourir en peignant. Il nous lègue en héritage une leçon d’humilité à laquelle on  peut souscrire. Chacun d’entre nous, à l’instar du maître d’Aix-en-Provence, reprend à zéro, dans sa vie de peintre et dans sa vie d’homme, l’histoire de l’humanité toute entière.



Paul CEZANNE
Christian MALAPLATE | 26 Mai 2017 19:08

Cézanne a peint environ trois cents tableaux.

Pour Cézanne, la nature morte est un motif comme un autre, équivalent à un corps humain ou à une montagne, mais qui se prête particulièrement bien à des recherches sur l'espace, la géométrie des volumes, le rapport entre couleurs et formes : « quand la couleur, est à sa puissance, la forme est à sa plénitude » disait-il.

Incomprises en leur temps, elles sont ensuite devenues l'un des traits caractéristiques de son génie.

Quelques citations de Paul CEZANNE

« Le dessin et la couleur ne sont point distincts : au fur et à mesure que l’on peint on dessine ; plus la couleur s’harmonise, plus le dessin se précise. Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude. Les contrastes et les rapports de tons, voilà le secret du dessin  et du modelé. »

Il ajoute :

« Les choses sans bornes de la nature m’attirent… Je procède très lentement, la nature s’offrant à moi très complexe ; et les progrès à faire sont incessants. »

« Peindre, c’est saisir une harmonie entre des rapports nombreux, c’est les transposer dans une gamme à soi, en les développant dans une logique neuve et originale. »

« Car si la sensation forte de la nature – et certes, je l’ai vive – est la base nécessaire de toute conception d’art, sur laquelle repose la grandeur et la beauté de l’œuvre future,  la connaissance des moyens d’exprimer notre émotion n’est pas moins essentielle et ne s’acquiert que par une très longue expérience. »

« La lumière et l’ombre sont un rapport de couleurs, les deux accidents principaux diffèrent non par leur intensité générale mais par leur sonorité propre. »

« L’ombre est une couleur comme la lumière, mais elle moins brillante ; lumière et ombre ne sont qu’un rapport de deux tons. »

« Il n’y a pas de ligne, il n’y a pas de modelé, il n’y a que des contrastes. Ces contrastes, ce  ne sont pas le noir et le blanc qui les donnent, c’est la sensation colorée. »

« Du rapport exact des tons résulte le modelé. Quand ils sont harmonieusement juxtaposés et qu’ils y sont tous, le tableau se modèle tout seul. »



Paul CEZANNE
Christian MALAPLATE | 26 Mai 2017 19:03

Musique :

Exercice musical Dairus MILHAUD

Recueil Pannonhalma, allegretto (danse hongroise)

Sonatine pour flûte et harpe en sol mineur (allegro moderato) J.S. BACH

Cézanne peint France GALL

Kleiner walze CARRENO

Concerto champêtre (andante) POULENC