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livre de Jean PORTANTE
Christian MALAPLATE | 17 Septembre 2017 19:28

Mémoire de la baleine (la)

20,00 EUR

Graphisme : Raphaël Caussimon

juillet 2006

Mémoire de la baleine (la) Jen PORTANTE

C’est parce qu’on a perdu la mémoire du voyage qu’on cède à l’intolérance. Ce récit s’attache plus précisément à l’immigration italienne au Luxembourg. Il s’agit du roman de formation d’un enfant pour qui la notion de voyage oscille entre le «définitivement provisoire» de la mère et le «provisoirement définitif» du père. Il permet de brosser la fresque de tout un siècle de migrations.



Paul de BRANCION
Christian MALAPLATE | 17 Septembre 2017 19:25

Voici une présentation d'un livre de Paul de BRANCION

Ma Mor est morte de Paul de Brancion (par Pierre Drogi)

 

CouveBrancion-petit (1)Une lecture intervient toujours à un moment précis, favorable ou moins favorable à la réception de ce qu’on lit. Parfois un livre vous arrive, inattendu et déboule par hasard, sans recul. On en parle alors “ à chaud ”, “ sans recul ”, en en assumant tous les risques. 
Le corps du texte de ma Ma Mor est morte de Paul de Brancion est précédé par cet avertissement, déployé en italiques sur une page qui fournit les clés nécessaires à la lecture ainsi que le thème : “ Il s’agit de la mort de Mor et de ce qu’il m’en souvient. / J’ai voulu écrire sur cette puissante femelle assagie par les ans / et les mots m’ont manqué car elle m’était étrangère dans sa monstruosité même. / La langue maternelle n’y suffisait pas. Elles furent donc trois. […] ” Ce seront, à savoir : l’anglais, le français et le danois. Une langue “ commune ” aux protagonistes mais apprise et seconde, la langue “ maternelle ” pour le coup frappée d’interdit, et celle propre au narrateur seul, non commune, échappant à toute emprise. 
 
L’effet de ce livre est bouleversant. Il se lit à bout de bras pour ne pas être brûlé ou atteint soi-même, ne serait-ce que par ricochet ou par hypothèse. C'est par cela qu'il pourrait être éprouvant.  
Ce qui provoque l’émotion et la tient d'un bout à l'autre ressortit au ton, à sa “ propreté ”, à son manque absolu de chichi, à son humanité crue, confiante dans la rectitude de la parole dite - au-delà même de toutes les errances de celle-ci. 
La porte, de surcroît, cette dernière, un souffle que l’auteur incorpore à sa narration (car il est bien clair qu'il s'agit d'un poème et que l'adéquation du mot à ce qui est dit, même dans l'inexactitude psychologique de “ l’expression des sentiments ”, est extrême).  
Pour en revenir sur les termes “ lire à bout de bras ” employés plus haut, la distance ménagée par le narrateur pour lui-même et pour le lecteur existe, renforcée dans la version originale - cette dernière figure sur la page de gauche, une traduction en “ français seul ” occupant la page de droite -  par l'entrelacement des langues : notamment le savoureux et narquois danois avec son contrepoint ironique consistant en des formules toutes faites de la vie courante. C’est à cette langue, langue de l’issue et de la fuite hors du cercle familial, langue garde-fou, qu’il revient d’amadouer l’inamadouable. 
Pour essayer d'exprimer ce que le lecteur éprouve de cette distance qui lui est ménagée et lui évite les braises en plein visage, ou pour essayer d’exprimer l’étrange et persistant effet du livre, on pourrait tenter ceci :  
Mor (la mère) et le vieux panard (le père), pour tant est qu’ils aient été ou soient des “ personnages existants ou ayant existé ” mériteraient de relever de la fiction, pour ainsi dire - d’une fiction exemplaire, tant ils disent quelque chose de ce que veut dire “ être au monde ” et se trouver pris dans / assigné à des liens auxquels on ne peut pas toujours répondre (Kafka en savait quelque chose). La voix audible, celle du narrateur, projette en tous cas ce récit (j'ai songé à Beckett et maintenant à Bataille - court-circuit de ressemblances fugitives et passagères, règlements de compte dans des zones inouïes de la parole - règlement de contes) dans un espace où Mor et min Far désignent tout bonnement des figures de l'existence, les Moires ?, qui apparaissent comme des énigmes ou des éléments d'une équation dont la portée échappe. Ils portent avec eux des archétypes qui renvoient chacun aux “ données ” (sic) de son existence (déterminismes, liens imposés, atavisme…). C'est aussi, pour en revenir à Kafka, la Description d'un combat. 
 
Et néanmoins, leur mystère d’êtres singuliers, pesant de toute leur existence indéniable, et au fond inconnaissables persiste ; jamais ceux dont on parle ne se trouvent réduits à des symboles ou résorbés dans des formes. 
La reconnaissance, à la fin du livre, du lien “ inversé ” créé par la paternité de celui qui s’est exprimé avant tout en fils (lien reproduit, rédupliqué mais en miroir, dans ce qui échappe et qui recrée le même lien autrement) ajoute à ce caractère littéralement expérimental du livre. L'ôte, heureusement, à tout jugement - et c'est cela le plus étrange au bon sens du terme, cette voix d'amour et de haine toujours en suspens.  
On peut dévorer le livre (c’est ce qui m’est arrivé : moitié le soir même, moitié le matin suivant dans sa version française, en réservant de le relire dans sa version trilingue à tête reposée) : retenu, tenu, d'une haleine, à cette façon d'infléchir l'écriture vers une solution qui ne viendra pas.  
“ Ressentir les choses, le mal et cette grande solitude du passé. Puis rester sec du sentiment ”, premières phrases de ce qu’on pourrait qualifier de strophe, ou de stance 41. 
“ J'accepte ces règles parce qu'il n'y a pas moyen de s'y soustraire ”, dernière phrase de la stance 52. 
On reste en arrêt devant de telles phrases, sans souffle un instant et devant d'autres qui nous l'ôtent, comme si une vérité se faisait jour, vérité contredite et confirmée dans sa complexité par toutes les autres étapes, dépassée dans son aporie à chaque fois par une parole qui reprend et repart.  
La réelle beauté de l'objet et son format rendent cette émotion encore plus précieuse.  
Rencontre “ hasardeuse ” mais dont je me félicite, lecture dont je remercie l’auteur : le hasard, comme on sait, fait parfois bien les choses...  
 
 
[Pierre Drogi] 
 
 

Paul de Brancion, Ma Mor est morte, éditions Bruno Doucey, 2011, sur le site de l’éditeur 



Jean PORTANTE
Christian MALAPLATE | 17 Septembre 2017 19:21

FESTIVAL DES VOIX vives à SETE juillet 2017

voici un extrait d'un poème de Jean PORTANTE

extrait de POINT DE CHUTE

JE PENSE À CETTE FUMÉE qui tombe et ne parle pas
de chute mais d'adieu
comme quand part de ta main le cerf brûlé
ou le feu du jardin que toujours tu réanimes

et aussi à la locomotive dans ma tête
qui dévore le charbon

colonne de tristesse montant très haut ou très noire
ou plus noire encore

est-ce ainsi qu'ont bougé en moi
l'animal brûlé le sentier carbonisé la forêt calcinée
le retour vers du plus loin avec des mots de charbon

et dire que toujours quelqu'un retrouvera
en cela ce miroir qui de la vie reflète
la mort de la mort la mort encore

comme si une corde commençait à chaque mot
comme si tant de charbon ne blessait
que qui ne sait plus tomber

comme si monter si haut brûlait la corde
pas le charbon


JE PENSE À MA NUIT SI LONGUE plus longue qu'un siècle
ou à mon train sans ailes sur l'amour des rails

est-ce cela qui m'attend
ou plutôt l'eau dure de mon fleuve

ou mon fleuve à escorter jusqu'à la mer

ou mon fleuve qui comme ma nuit ou mon siècle
mènent ou non au train de mes souvenirs

ou ces autres fleuves moins étroits
et ces autres nuits
et ces autres siècles avec leurs hommes mouillés
et leurs femmes mouillées

ou mon fleuve encore ou ma nuit ou ma mer
ou mon siècle
qui gèlent et brûlent les bateaux comme si
au beau milieu de l'eau s'éternisait la guerre

ou cette question que regrettes-tu
sinon d'avoir lutté trop tôt
ou trop peu
ou ma feuille de papier ou de nuit
avec deux bords comme chaque siècle

ou au beau milieu de la cuisine ma table bavarde
et mes chaises

ou ma nuit parlant dans la cuisine
avec mon train du sud

ou mon train du sud qui blanchit
les murs des maisons

ou mon train du sud qui descend

ou comment descendre plus
bas que mon sud


TOUS LES FEUX SONT ÉTEINTS et le vent un certain vent
comme quand parle l'essoufflement ou la soif
ou le ciel oblige au tâtonnement
le long des maisons
au porte à porte bois fatigué de brûler
que sait-il de l'aveuglement

la nuit tombe non loin de là
et nous la veillons comme on veille
une ombre qui descend
ou un manteau que l'on met
ou qu'on jette ou qu'on donne

ou un rideau qui tombe quand l'histoire est finie
et qu'applaudissent dans la salle
et partent les mille dernières mains
mais que fais-tu dans cette nuit si parfaite

que faisons-nous sinon nous rapprocher
de l'arbre aux cerises noires
de la colline aux arbres noirs
du paysage aux collines noires