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Poème dédié à mon grand-père
Christian MALAPLATE | 19 Novembre 2017 14:05

J'avais 13 ans quand mon grand-père m'a parlé de la première guerre mondiale qu'il a vécu en tant que soldat du côté de Verdun-

J'ai écrit ce poème en pensant très fort à lui

Les mains de Notre-Dame de Bon Secours

 

20 août 1915, c’est le jour de mon anniversaire : j’ai 20 ans

Je suis toujours en enfer sur la côte 304 près de Verdun.

Mère tu ne dois pas croire ce que disent les journaux et les radios.

Ils sont nombreux les soldats qui tombent face contre terre

Dans l’herbe chaude de l’été. On dirait par endroit un champ de coquelicots.

Il y a des mouches partout. Les visages des morts sont teintés d’effroi.

 

Ce  matin un obus est tombé près de moi, j’ai été en partie couvert de terre.

Mon camarade tirailleur sénégalais a disparu sous l’explosion.

Sur le bord du trou j’ai retrouvé ses doigts bien alignés

Mais au fond du trou c’était de la chair à pâtée d’homme.

J’ai ramassé ses doigts pour sa veuve qui l’attend du côté de la Casamance.

On continue sans arrêt à tirer des obus. Je porte les mains à mes oreilles.

 

Parfois on trouve le mot pour rire, même au milieu des cadavres

Et dans le râle des mourants, avant de monter à l’assaut  de la tranchée ennemie.

Je cours au milieu des gerbes de feu et des miaulements de balles.

Mère je ne trouve plus les mots pour décrire les images qui se bousculent dans ma tête.

Je suis un miraculé mais je n’ai pas le temps d’écrire des mots d’amour

Parce que le chant des douleurs plane longuement sur les barbelés.

 

Je n’ai plus peur maintenant que je suis gavé de gnôle.

Seulement il y a davantage de bruit dans ma tête.

J’ai arrêté de prier le bon dieu parce que tout simplement je suis déjà en enfer.

Le feu est partout et la mort fait sans cesse sa récolte.

Mère je te parle franchement parce qu’il faut dire que la guerre est terrible

Et puis tu m’as toujours enseigné à dire la vérité.

 

Mère malgré tout je sais que tu iras à la Chapelle de Bon Secours

Prier Notre Dame en récitant un chapelet et prononcer des paroles d’amour.

Tes mains se joindront longtemps et s’élèveront vers le beau vitrail

Où le soleil entre en flots dans un étalement lumineux.

Mère je veux te dire combien je t’aime. J’ai écrit dans un coin de la tranchée

Ton prénom à l’aide d’une douille encore brûlante.

Christian Malaplate

 

 

 



Musique
Christian MALAPLATE | 19 Novembre 2017 13:59

Etude en la bémol majeur CHOPIN

La petite auto (poème d'Apollinaire) dit par Jean-Pierre MARIELLE

Jean GIONO, du côté de Manosque (extrait) entretien avec Jean CARRIERE

Si je mourrais là-bas (poème d'Apollinaire) chanté par Jean FERRAT

Consolation IV LISZT

Quatuor à cordes (sherzo )César FRANCK

Symphonie no-2 (Lobegesang- choeur final) MENDELSSOHN

Sonate d959 (andantino) SCHUBERT



Les voix des tranchées
Christian MALAPLATE | 19 Novembre 2017 13:54

Entre 1914 et 1918, La France mobilise près de huit millions d’hommes. Et sur le front les soldats écrivent. Beaucoup. Des lettres à leurs familles. Des journaux intimes, ou des poèmes. Et parfois, des récits. La plupart des écrivains sont eux aussi au combat, et veulent par leur art témoigner des souffrances et de la réalité vécue, loin de la propagande, «le bourrage de crâne» opéré à l’arrière. C’est même pour certains (Henri Barbusse, Roland Dorgelès) une mission morale. Cette littérature des tranchées connaît un fort succès ; d’ailleurs tous les prix Goncourt de la période lui seront attribués.

Voici un extrait de Refus de Jean GIONO  Je ne peux pas oublier la guerre

Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l’entends, je la subis encore. Et j’ai peur.... Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre. L’horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marquent. J’ai été soldat de deuxième classe dans l’infanterie pendant quatre ans, dans des régiments de montagnards. Avec M. V., qui était mon capitaine, nous sommes à peu près les seuls survivants de la 6ème compagnie. Nous avons fait les Eparges, Verdun-Vaux, Noyons-Saint-Quentin, le Chemin des Dames, l’attaque de Pinon, Chevrillon, le Kemmel. La 6ème compagnie a été remplie cent fois et cent fois d’hommes. La 6ème compagnie était un petit récipient de la 27ème division comme un boisseau à blé. Quand le boisseau était vide d’hommes, enfin quand il n’en restait plus que quelques-uns au fond, comme des grains collés dans les rainures, on le remplissait de nouveau avec des hommes frais. On ainsi rempli la 6ème compagnie cent fois et cent fois d’hommes. Et cent fois on est allé la vider sous la meule. Nous sommes de tout ça les derniers vivants, V. et moi.

En 1914, Maurice Genevoix est un jeune normalien, beau, séduisant, brillant. La mobilisation le jette soudain, avec toute sa génération, dans un « monde prodigieux », celui de la guerre. Ballotté par cette terrible tempête de l’histoire, il se retrouve, au bout d’un parcours tumultueux, souvent cocasse et toujours émouvant, cloué avec ses hommes au pied du piton des Éparges. Il sentira, après l’exaltation des débuts, et la fraternité des combats, se lever le sentiment amer de l’absurdité du conflit. « Ceux de 14 » est une « bande de  frères » sympathique, braillarde, indisciplinée, parfois frondeuse, râleuse, souvent drôle, mais toujours héroïque- "Ceux de 14 est un chef-d'œuvre !"

Genevoix a écrit ce texte en l’honneur de ses hommes, ses camarades morts pour la France. Cette génération mérite bien aujourd’hui qu’on lui rende hommage. Les valeurs qui y sont portées, elles aussi méritent qu’on les rappelle : le courage, la simplicité, la dignité formant en leur réunion un véritable humanisme propre à inspirer les hommes en devenir. Par rapport aux films qui ont été faits sur ce sujet, l’adaptation de Ceux de 14 est originale à plusieurs titres : Genevoix ayant été blessé en avril 1915, c’est la première année de guerre, et uniquement celle-là, qui est évoquée. Le début de la guerre est encore celui de l’exaltation propre à la jeunesse. La bataille de Verdun n’a pas encore eu lieu, qui a fini par fixer l’image habituelle de la guerre de 14, c’est-à-dire une boucherie absurde dans un paysage lunéarisé."

Le 17 mars 1916. Le chef de section Guillaume de Kostrowitzky, dit Apollinaire, est en faction au Bois-des-Buttes, près de La Ville-aux-Bois, en contrebas du Chemin-des-Dames. Il est 16 heures,

le secteur est calme et le fantassin est plongé dans la lecture du dernier numéro du Mercure de France auquel il collabore. Soudain, un bombardement retentit ; des éclats d’obus fusent. L’un d’entre eux traverse l’espace et perfore le casque du soldat l’atteignant au niveau de la tempe droite. Il perd connaissance, est emporté jusqu’à un poste de secours proche, puis à l’Hôtel-Dieu de Château-Thierry, avant d’être évacué au Val-de-Grâce où il est hospitalisé le 29. Quelques jours plus tard, le 9 avril 1916, le blessé est transféré à l’Hôpital Italien du quai d’Orsay et, comme son état ne s’améliore pas, il est trépané le 9 mai à la villa Molière, annexe du Val-de-Grâce. Apollinaire est sauvé, mais la guérison est longue à venir. Déclaré inapte mais non démobilisé, sa santé reste chancelante. Un peu plus de deux ans après cette blessure, à l’automne1918, l’ancien fantassin est atteint par l’épidémie de fièvre infectieuse que les Parisiens ont appelé «grippe espagnole». Affaibli par une congestion pulmonaire et les suites de sa trépanation, le poète, pourtant doté d’une constitution robuste, est devenu très vulnérable. Le 9 novembre à 17 heures, deux jours avant l’armistice qui mettait fin à la plus épouvantable boucherie qu’eût connue l’Europe, il expire. Il est âgé de 38 ans.