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poèmes de PARRA
Christian MALAPLATE | 16 Janvier 2018 08:17

Lecture poèmes de Nicanor PARRA

Il y a un jour heureux

Défense de l'arbre

On chante la mer

Test

L'homme imaginaire

Casse-tête
Soliloque de l'individu



Nicanor PARRA
Christian MALAPLATE | 16 Janvier 2018 08:14

Nicanor Parra Sandoval est un poète, mathématicien et physicien chilien né à San Fabian de Alico le 5 septembre 1914- Il se forme à l'Institut Pédagogique de l'Université du Chili, où il a étudié les Mathématiques et la Physique. Il a financé ses études à l'université en exerçant le métier d'inspecteur à l'Internado Nacional Barris Arana où il a commencé à publier la revue "Revista Nueva" en 1935, où apparaît son premier anti-conte : "Gato en el camino" (Le chat sur le chemin).Plus tard, il devient professeur dans son université de formation où il devient Directeur du département de Physiques, responsabilité à laquelle il renonce en 1968.
Le premier livre qu'il a publié était "Cancionero sin nombre" (Recueil de poésies sans nom) en 1935. En 1946 il intègre à l'Université de Chili comme professeur titulaire de Mécanique Rationnelle. En 1948, il est nommé Directeur interne de l'École d'Ingénierie de cette institution d'enseignement. En 1951, et se marie avec une suédoise Inga Palmen.
En 1954 est publié "Poemas y antipoemas" (Poèmes et Antipoèmes), son second livre. À partir de la décennie des années 60, la production de Parra devient prolifique. L'influence de sa proposition esthétique sur la culture national et l'impact provoqué par son livre "Obra Gruesa" qui est publié en 1969, lui a permis d'obtenir le Prix national de Littérature l'année 1969.
Le 1er décembre 2011, il a été récompensé par le Prix Cervantes, la plus haute distinction des lettres de langue espagnole. Il est le frère aîné de la chanteuse Violeta Parra (1917), suicidée en 1967.

 «La poésie de Parra est habitée par une mort joyeuse dont la gymnastique nous prépare à cette échéance absurde »

Nicanor Parra a réussi une entreprise de rupture et d’innovation qui touche les fondements de l’identité littéraire, pas seulement celle de la poésie. Il a ouvert des portes, réinstauré la force de la langue parlée dans toutes ses dimensions polyphoniques. Provocateur aussi, bien sûr, désacralisateur. Son entreprise a été considérée comme un “art de démolition”.

Tout ce qui s’institutionnalise perd son sens originel. L’antipoésie dans les années 50 a secoué l’impasse où se trouvaient les avant-gardes. C’était une action complètement novatrice. Évidemment Parra a le sens de l’auto-dérision, en rejetant le culte de l’anti-poésie et en prenant le lecteur comme le témoin permanent de sa propre remise en question. Il a compris très tôt la décomposition de son époque, de la politique, la fragilité des convictions.

Dans la poésie de Parra, le lecteur est constamment interpellé comme si le poète voulait le prendre à partie de la chose qui s’écrit. Parra parle à la solitude du lecteur avec une ampleur de registres où inévitablement il va se reconnaître. Dans ce sens, c’est une sorte de face à face qui s’opère dans la lecture. Son rapport à la poésie et à l’écriture est extrêmement terre à terre, concret, connecté aux éléments qui nous habitent au quotidien et nous préoccupent.

Le recueil Poemas y antipoemas publié en 1954 marque une rupture dans l’œuvre de Parra. Il avait publié un seul livre, Cancionero sin nombre, 17 ans auparavant, ce livre était dans la lignée de la poésie des années trente, très marqué par l’influence de Garcia Lorca, primé et reconnu, mais cela a provoqué la crise qui l’a mené à rechercher sa propre voie. Il a mis tout de même 17 ans à la trouver, si on peut dire. Quand Parra entreprend la rédaction de ses antipoèmes entre 1938 et 1950, il n’a pas conscience qu’il est en train de créer quelque chose qui va devenir une sorte de concept. Il est dans un mouvement, dans une quête. Par la suite, il a formalisé sa démarche en expliquant que la poésie avait échoué dans une impasse dans les années 30 après les avant-gardes. La poésie hispanophone de ces années-là était devenue pour Parra une rhétorique qui tournait en rond et la prolonger conduirait tout droit au néant personnel. Il a entamé des recherches pour savoir d’où était issue cette poésie « de cour » et il l’avait située à la Renaissance.En remontant le temps, il a enfin retrouvé la vitalité de la poésie directe qu’il cherchait dans la poésie du Moyen-Âge, celle qui se pratiquait dans les foires. Mais le concept d’antipoème serait né devant une vitrine d’Oxford lorsqu’il a vu le livre d’un poète français Henri Pichette intitulé « Apoèmes ». Parra s’est dit qu’« antipoèmes » serait bien plus efficace.

La poésie de Parra emploie une langue très oralisée, c’est parce que le poète revendique cet emploi de la langue qui circule dans la rue. Des formules, des stéréotypes, de la matière brute dont il s’empare pour les tordre et en déjouer le sens en les affectant ou plutôt en les infectant de son ironie, de son humour, de son cynisme souvent jusqu’à l’absurde.

La démarche de Nicanor PARRA consiste à écrire une poésie en directe. Comme un dialogue avec l’homme de la rue, un dialogue entre celui qui écoute et celui qui dit, ce qu’il appelle la poésie populaire. Cette poésie-là est vivante à tout instant et partout. La poésie de tout le monde. Parra était attentif à toutes les phrases et expressions parlées qui pouvaient déployer leur polyphonie et il a commencé à construire un univers en déconstruisant un autre univers. Le langage de tous les jours versus les signes hermétiques ou cabalistiques. La métaphore stylistique n’avait plus lieu d’être car la langue était déjà une métaphore en soi. Il utilise aussi n’importe quelle écriture publique. Il réclame dans un poème qu’on lui octroie le Prix Nobel de Lecture, lui l’éternel candidat au Prix Nobel de Littérature. Il se proclame lecteur idéal « des enseignes lumineuses », « des murailles de toilettes » ou « des pronostics du Tiercé ».

Mais sa poésie est aussi très sophistiquée. Il dit avoir compris que dans la langue espagnole le le vers à onze syllabes, représente le rythme naturel de la langue parlée. Tout est déjà là, à disposition. Alors il se met à tout mélanger, à introduire dans sa poésie tout ce qui traîne en le confrontant à un jeu de sens-non-sens. C’est le traitement basique auquel il soumet la langue qu’il écrit. Mais le jeu qu’il impose est beaucoup plus complexe, car un anti-poème n’est pas autre chose qu’un poème.

                       

Parra appartient à une société ou une époque où la force de l’instabilité est permanente. Sa poésie exploite à l’extrême limite les comportements contradictoires de notre monde. Il faut apprendre à vivre dans la contradiction sans conflit, dit-il, c’est une condition pour pouvoir survivre.

Parra est professeur de mathématiques et de physique. Il a exercé à l’université pendant trente ans. Il a appliqué à sa poésie les principes de l’indétermination et de la relativité de la physique quantique, que, disait-il, l’on devrait aussi appliquer à la philosophie et à la politique. Il a aussi adapté et adopté pour son écriture des théorèmes mathématiques simples : « économie de langage et économie de moyens ; obtenir le maximum avec le minimum ». Sa phrase se réduit à un théorème de la complexité de l’existence.

C’est une poésie concrète et insaisissable comme le mouvement de l’existence. La menace de la matérialité est permanente ; le travail, le monde social, la pauvreté, et aussi l’amour et la mort questionnent tout simplement notre impossibilité à être.

Mais après la publication des Poèmes et antipoèmes en 1954, Nicanor PARRA perd les mots. Il devient aphone pendant quelques années. Il a expliqué par la suite en bégayant : je-ne-pouvais-pas-parler-d’un-trait. Les mots étaient coupés les uns des autres. Il a vu un psychiatre, il a suivi une thérapie. Quand il a eu la certitude que ses poèmes pouvaient être lus et entendus, que sa poésie avait inauguré une conversation avec le lecteur, alors il a récupéré la parole. Après avoir été reconnu par le public comme une force de frappe conversationnelle, il a pu enfin reparler.

Loin d’un divertissement, Parra, en désespoir de cause, a toujours innové d’un livre à l’autre son rapport conflictuel avec le sujet poétique. Ce sont 242 cartes postales qui rompent avec la structure traditionnelle du livre comme avec le discours antipoétique lui-même. Chaque carte postale porte dans son recto un « artefact » où fusionnent un texte et un dessin de l’artiste Juan Tejeda. Ces cartes postales devaient être utilisées comme telles et par là elles marquaient un pas définitif vers la dissolution de l’identité du moi dans le discours. On ne sait pas qui parle, qui envoie ce message, et le but est de générer un degré maximal de tension entre l’auteur et le récepteur de ce moi désincarné.

C’est une subversion du concept de livre, mais aussi l’altération du système de diffusion, du fait qu’il était possible de les disperser comme cartes postales partout dans le monde. Cet ensemble, textes et images, dépasse son caractère circonstanciel, il atteint le lecteur comme « des éclats de grenade », selon Parra lui-même, « c’est l’explosion de l’antipoème ». Il suffit de citer pour exemple « La gauche et la droite unies jamais ne seront vaincues ». Dans les années 70 dans le contexte politique chilien et mondial, cette déclaration était d’une audace folle. Dans son œuvre, les Artefacts représentent la pointe de l’iceberg du versant de sa “poésie visuelle”. Parra est considéré comme l’un des grands poètes visuels de la langue.

Sa poésie est cosmopolite. Il s’inscrit dans un présent dont il prend pleinement possession. Parra ne parle pas d’un monde imaginaire mais du monde tel qu’il est.

Il y a énormément d’auto-portraits dans l’œuvre de Nicanor PARRA qui sont en vérité des faux semblants, pour se rendre insaisissable. Mais dans ce poème L’homme imaginaire, il décrit une situation très générale ou universelle, et le lecteur s’identifie à cet homme imaginaire qui n’est au fond qu’un homme ordinaire. Parra a écrit ce poème noyé dans le marasme, il a 64 ans, il achète une maison pour disparaître, suite à une histoire d’amour qui s’est mal terminée. Il est dans un état de désespoir absolu. Ce qui l’a sauvé, c’est l’écriture de ce texte qu’il dit avoir écrit avec un pistolet sur le bureau.

L’antipoésie est une opération énorme. Dans ce sens, elle incarne littéralement la voix du peuple, sa parole, l’humour noire propre au chilien et la dérision de notre condition humaine. Parra est admiré au Chili comme une star de foot tout autant que l’Académie qui l’a sacralisé.