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Andrée CHEDID
Christian MALAPLATE | 09 Février 2018 05:38

Romancière, poète, dramaturge, nouvelliste, auteure de chansons et de livres pour la jeunesse, Andrée Chédid fait l’éloge de la vie qu’elle qualifie de fragile et ne cesse de l’évoquer dans toutes ses œuvres. 

Elle porte une grande attention sur la condition humaine axée surtout sur les liens qui tissent l’homme et le monde. Les qualités de ses œuvres lui valent beaucoup de prix littéraires.

Andrée Chedid, naît au Caire en 1920. 

Mise en pension chez les Sœurs du Sacré-Cœur dès l’âge de 10 ans, Andrée Chedid y apprend l’anglais et le français tout en s’exprimant tendrement dans la langue arabe. 
Elle entreprend des études en Europe puis au Caire au sein d’une université américaine. Initiée très tôt à l’écriture, Andrée Chedid découvre son talent de poète pendant sa jeunesse passée en Égypte. À cette époque, elle arrive à écrire intégralement des poèmes en anglais, sous un pseudonyme inconnu. Mariée à un médecin à l’âge de 22 ans, Andrée Chedid arrive au Liban en 1942 et y vit plusieurs années. L’année suivante, en 1943, elle publie son premier recueil de poèmes «On the Trails of my Fancy» en aglais -

Les œuvres d’Andrée Chédid sont remarquables par leur style littéraire très travaillé, et leur fluidité.
Andrée Chedid se voue depuis 1946 à «l’universalité de l’authenticité humaine» et colore ses ouvrages de multiculturalisme. Comme dans «l’Enfant multiple», «La Maîtresse du Notable» et «La maison sans racines», ses intrigues se déroulent au cœur de l’orient, mais mettent en scène des personnages de culture européenne.

Andrée Chédid parle de la sensualité de l’Orient avec une grande nostalgie, mais aussi et surtout de la dureté de la guerre civile qui déchire le Liban. L’ensemble de ses œuvres est caractérisé par la pensée, le style, l’esprit d’indépendance et la liberté.

Andrée Chedid est également poète. Elle écrit d'ailleurs «Je reviens toujours à la poésie, comme si c’était une source essentielle». 

En tant qu’écrivain, Andrée Chedid ne veut pas être qualifiée de féministe. À ce sujet elle soutient en 1982 : «J'écris depuis longtemps et je ne pars pas de l'a priori que je suis une femme». 
Ses nombreux ouvrages en prose ou en vers lui valent de nombreux prix littéraires tels le Goncourt de la nouvelle, le prix Louise Labé, le Grand prix de La Société des Gens de Lettres, le prix  Mallarmé et tant d’autres. Andrée Chedid, l’écriture jusqu’au bout de la vie

Touchée par la maladie d’Alzheimer, Andrée Chedid vit plutôt sereinement sa vieillesse et sa maladie. Elle garde un talent intact et parle de son état de manière optimiste. La romancière continue encore d’écrire en mélangeant les arts de l’écriture à ceux des scénarios de cinéma : son roman poétique «l’Autre» en est l’exemple. En parallèle, elle publie des poèmes comme «Le Territoire du souffle» en 1999 et un roman «Le Message» en 2000, tous deux aux éditions Flammarion. Au regard de ses efforts remarquables pour combattre la maladie, Dominique Blanc, marraine de cette édition féminine, la félicite en évoquant les «magies d’Andrée Chedid».

L’art tant apprécié par d’Andrée Chedid est perpétué par ses enfants et petits-enfants. Ainsi, son fils, Louis, est auteur-compositeur-interprète et sa fille, peintre. Andrée Chedid n’hésite pas à emprunter ses vers pour le tube très à la mode de son petit-fils Matthieu (allias M) intitulé «Je dis aime». 
Des concours de poèmes chantés d’Andrée Chedid sont organisés pour la première fois en 2009 et sont reconduits en 2010-

Andrée Chedid décède le 6 février 2011 à 90 ans.

 

 Andrée Chedid a parlé de son œuvre comme de l'éternelle quête d'une humanité. En effet, elle poursuit une quête incessante, et c'est dans le processus plutôt que dans l'aboutissement que s'accomplit et se renouvelle la fraternité si bien mise en évidence dans un recueil de1976, Fraternité de la parole. C'est là un titre éloquent qui résume le rôle du poète dont la Parole poursuit " jusqu'au tréfonds/de la terre et des hommes/l'unité dérobée de leur nom ".
La quête d'Andrée Chedid, à la fois chant poétique et assertion d'une identité, se manifeste dans certains grands courants thématiques qui traversent son œuvre globale : Vision cosmique, Libération, Energie vitale et Pouvoir de la Parole.

La VISION COSMIQUE s'associe étroitement à l'idée d'une FRATERNITÉ universelle qui rassemble non seulement les êtres humains de tous les pays, mais tout ce qui existe. Soudure aussi entre les générations et même entre les siècles : "L'ancêtre et le futur " est une expression que l'on rencontre à plusieurs reprises dans les textes de Chedid, et c'est aussi le sujet d'un poème

 La LIBÉRATION nous incite à secouer les chaînes, à franchir les obstacles dont certains d'ailleurs, plus illusoires que réels, sont des obstacles intérieurs. Cette libération permet à chaque être d'accomplir son destin avec tout le potentiel qu'il possède en réserve. Dans ce contexte, Andrée Chedid parle admirablement de la Femme qui lui inspire les images d'un " éveil ", d'une nouvelle " naissance " particulièrement évocatrices dans tous ses ouvrages. Le poème " La femme des longues patiences " et la nouvelle " La longue patience " sont caractéristiques sous ce rapport.

 L'ÉNERGIE VITALE, pour Andrée CHEDID, s'associe à la " quête ", progression, parcours que les êtres se construisent avec des moyens matériels et spirituels, avec leur corps, leur cœur et leur âme. Andrée Chedid est le chantre de la vie, mais elle sait aussi parler de la mort, avec éloquence et sérénité. La mort est partie intégrante du cycle vital, un dénouement qui accomplit " l'ultime échange " et par là rejoint l'idée d'une fusion fraternelle avec l'univers.

Dans la poésie d’Andrée CHEDID, toujours une grande importance est accordée au corps (animal ou végétal), car selon l'auteure la poésie " est élan biologique ". Sang, entrailles, sève, graines, pulpe, chair, autant de termes que l'on rencontre quasi à chaque page. Le visage surtout est évoqué dans les vers et les titres, ce visage qui, pour l'auteure, est " vie, source, […], à la racine du sensible ". Visage aussi qui est à la fois chair et esprit, car c'est de lui qu'émane la Parole.
 Le POUVOIR DE LA PAROLE. " Parole " est un mot-clé chez Andrée CHEDID. Il représente d'une part la parole créatrice du poète, et d'autre part la communication avec l'autre, nouvelle allusion à une fraternité.

La Parole, c'est donc d'abord l'écriture poétique, l'amour des mots, leur richesse et leur pouvoir. Chaque œuvre se réfléchit en elle-même; il y a réciprocité de création entre la trame du poème (ou du récit) et le discours signifiant: " Je te cerne, Parole/Te veux proie et docile/Tu mûris bleue et libre/ Et m'invente à ton tour " (Contre-Chant). Dans le titre Territoire du souffle, le " souffle " est comme la sacralisation de la Parole poétique. Le symbole de l'eau comme libération et " renaissance " s'entend aussi comme flux de la Parole qui est parfois représentée en fleuve ou en source. Amoureuse de la langue, Andrée Chedid transfigure le vocabulaire de tous les jours en favorisant les verbes d'action et les associations inhabituelles qui amplifient le sens.      
    Sensible au tragique de l'existence, Andrée Chedid sait cependant aussi jeter un regard amusé sur nos tribulations avec un sens inné de l'humour qui n'est jamais corrosif, mais tendre et compatissant. Et cet humour se révèle aussi dans la langue elle-même dont elle explore, en poète, toutes les ressources et tous les prolongements.