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Arthur RIMBAUD
Christian MALAPLATE | 29 Mars 2018 18:48

La violence intérieure de l’adolescence, l’absurdité de la guerre, la révolte de la commune, font soudain s’épanouir mieux exploser le plus singulier génie poétique. Arthur RIMBAUD passe à 16 ans du climat enfantin de l’école et de l’école buissonnière à l’exaltation de l’aventure. Il vit ses poèmes où brille l’innocence d’un regard neuf porté sur le monde.

Le temps de sa liaison avec VERLAINE sera pour lui le temps de la poésie, celui des plus audacieux espoirs, celui aussi pour finir du désespoir. Une vie et un génie brûlés en trois ans et issu de ce feu une œuvre brève, mais chargée d’une révolution spirituelle dont l’efficacité demeure inaltérée. Puis le silence si abrupt t si total. Le poète est mort à 19 ans que sait-on de l’homme en fait qui lui a survécu ? L’énigme de cette dualité a donné jour à bien des mythes intéressants et contradictoires.

Le poète est l’annonciateur de toutes les libertés : celle de la femme et de l’amour. Il dit :

« L’homme est à réinventer quand sera brisé l’indéfini servage de la femme. »

RIMBAUD est impatient de se libérer et de libérer l’homme de tous les préjugés, de toutes les insuffisances, de retrouver en lui une pureté sauvage égale à celle des éléments. Il est un de ces êtres qui ne sont jamais satisfaits de l’existence telle qu’ils sont condamnés à la vivre. Ils projètent leurs désirs dans un monde plus pur, plus intense et plus beau.

Ill garde en lui une force sauvage. Mais dans cette âme forte, il y a place pour de la fraîcheur et de la spontanéité enfantines. Parfois il prend sur lui toute la souffrance du monde, et c’est là que réside le tragique de sa vie, et bien entendu de son œuvre. C’est une émotion qui l’étreint et qui devient un besoin de se sacrifier. C’est aussi une étrange attirance vers la mort. Le poème Ophélie porte ainsi les couleurs du poète.

RIMBAUD dit que « Les activités du monde moderne ne reposent que sur l’argent, l’utile, la rentabilité, alors que c’est la beauté, ce sont les fleurs qui comptent. »

RIMBAUD est un esprit militant, il dénonce. Il fait une critique sociale comme dans ce poème :

Une allégresse, une jeune impatience, une innocence résonnent même au sein du combat. RIMBAUD est un rêveur, un peu grisé, dans ce poème :

 On n’est pas sérieux quand on a 17 ans.

 

Certains poèmes de RIMBAUD ont une allure de chanson, par leur légèreté, la vitesse, la vivacité extrêmes sont leurs privilèges.

 Rêvé pour l’hiver

 

La guerre éclate RIMBAUD part sur les routes à pied. Il sent grandir en lui la révolte, les revendications politiques et sociales. Il s’arrête et dans l’embrasement d’un trou de verdure, il prie la nature de réchauffer ce jeune dormeur du val.

Le dormeur du val

 

Dans ce poème de l’errance vagabonde dont la tradition va des trouvères du  Moyen-Age aux modernes hippies RIMBAUD l’appelle fantaisie en sous-titre :

 Ma bohême

 

Le poème Le bateau ivre d’Arthur RIMBAUD est en soi odyssée, époque, aventure.

Pour RIMBAUD : « La poésie ne rythmera plus l’action, elle marchera en avant. »

Comme VERLAINE pareil à la feuille morte ballottée au gré du vent mauvais RIMBAUD est ce bateau jeté au sort des flots, dont il s’enivre, et où il se perd. Aucun poème n’a cette puissance évocatrice du Bateau ivre, aucun poème ne charrie autant d’images et des

combinaisons sonores, ne s’arrachent autant à la forme dans laquelle il est fixé. Ce poème est violent et baroque, barbare et somptueux, contrasté avec ses images d’espace fermé et d’évasion, de grandeur et d’abandon. Il dit ce qu’il y a de plus déchirant dans la condition humaine.

 Le bateau ivre

 

UNE SAISON EN ENFER

RIMBAUD est le siège d’une dualité constante : relatif et absolu, pureté et souillure, instant et éternité, innocence et culpabilité, individu et société, plénitude des sens et extase de l’âme, domination et soumission, barbarie et progrès, révolte et châtiment. Il veut saisir :

« La vérité dans une âme et dans un corps. »

En 1873 Arthur RIMBAUD écrite Une saison en enfer et publie l’œuvre à Bruxelles la même année. L’édition est à compte d’auteur. Le poète condense son expérience existentielle, poétique et spirituelle, exprime les oppositions internes, les échecs, les tâches : réinventer l’amour, réinventer la poésie, credo de l’avenir.

Une saison en enfer montre l’acheminement du poète vers la connaissance de soi par l’affranchissement des tutelles, par le combat spirituel solitaire et douloureux.

C’est l’annonce d’une autonomie de la poésie, de sa valeur comme mode de connaissance, comme contact direct avec le monde.

RIMBAUD se dépeint avec une fausse simplicité pour mieux nous entraîner dans des dédales énigmatiques. E auprès de phrases jetées comme des insultes, des phrases apaisées qui semblent traduire des silences, des harmonies graves, des trouvailles de grand prosateur :

« Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu… » Et le poète continue : « Je devins un opéra fabuleux, je vis que tous les êtres ont une fatalité de bonheur ; l’action n’est pas la vie, mais une façon de gâcher quelques chose, un événement. La morale est la faiblesse de la cervelle. »*

Une saison en enfer est une œuvre composée de fragments, de débris d’œuvres de poèmes non menés à terme, mais qui sont liés par le drame intime, les dévoiements, les conversions manquées, les recherches de la raison, les chutes, la nuit, les yeux vers l’étoile, la force du sol.

Une saison en enfer s’achève sur un émouvant Adieu. Parvenu au seuil de la démence, usé des excès de toute sorte, RIMBAUD se livre à un douloureux retour sur lui-même. Cet orgueilleux conçoit maintenant le prix de l’humilité, ce révolté aspire à une communion humaine.

         

LES ILLUMINATIONS

L’œuvre Les Illuminations paraît quelques années après Une saison en enfer. Arthur RIMBAUD les a écrits entre 1872 et 1875.

Les Illuminations représentent la synthèse d’une expérience. Sur l’arbre de sa vie, le poète greffe les sensations de la fiction et les reflets métamorphosés des lectures, des errances solitaires ou partagées. Il éclaire ses confessions à la lumière poétique. Il transpose symboliquement les lieux et les êtres sur lesquels il tente une percée intérieure profonde.

Sa syntaxe s’articule sur l’affectivité et la réalité. Pionnier de l’avenir, il voit plus que tout autre ce qui est en nous ancré, et il se voit explorant des labyrinthes incessants, des univers hors des habituelles données du temps et de l’espace. De ses émotions apparemment désorganisées, il se fait l’orchestrateur.