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BAUDELAIRE
Christian MALAPLATE | 04 Avril 2018 07:56

La plupart des thèmes de BAUDELAIRE appartiennent au nocturne à la tristesse, à la    douleur, au désespoir, à l’angoisse, à la cruauté et représentent l’univers du romantisme, et pourtant de ces noirceurs le poète compose un diadème éblouissant et clair. Des cris de souffrance, de peur, de désir ou de haine, il sait tirer la plus suave musique. Il est bien l’âme sainte et le parfait chimiste, qui de la nuit du mal fait jaillir l’aurore de la beauté.

Pour conclure sur Charles BAUDELAIRE, je dirai que nous sommes bouleversés par cette alliance intime qui caractérise Les Fleurs du mal entre l’évocation voluptueuse du monde et le dépaysement fondamental de l’âme, par cette façon unique qu’ont ces poèmes d’exprimer l’entière saveur des sensations et d’élever cette perception de la vie à des visions où chaque image offre un double sens : l’un matériel, l’autre immatériel. Ce langage des fleurs et des choses muettes : c’est bien cette langue oubliée résonnant au plus profond de notre silence intérieur, qui est pour BAUDELAIRE la poésie même et qui continue à nous exalter et à nous envoûter par sa double magie : celle de la vision et celle de la voix.

BAUDELAIRE est le poète du combat contre le néant. Son livre est missel de l’agonie, et elle dure aussi longtemps que la vie, autant que conscience de l’homme. Quel poète à jamais eu une telle audace ?  Une vue aussi profonde sur notre humanité, un corps à corps si intime avec le temps et la durée ?

Fleurs du mal, qu’est-ce donc que le mal ? Le siècle, le monde et pour l’homme, conscience du monde, la vie.

Pourquoi BAUDELAIRE est-il si profondément de son temps et si fort contre lui ? Pourquoi en a-t-il si pleinement les goûts, les passions, les misères, puisqu’il en a l’horreur et le mépris ? Ou pourquoi le mépris des erreurs qu’il partage ? On se demande s’il déteste ou s’il aime ce qui l’offense le plus ? C’est justement qu’il est à la fois le jardin du Mal avec les Fleurs qui s’y épanouissent et le voyageur d’outre-monde qui les contemple, qui les respire, qui les condamne et qui les cueille.

BAUDELAIRE écrit : Mon double est en cause : ici, une volupté ; et là, mon remords ; ici, celui qui est, sans l’avoir voulu ; et là, celui qui ne veut pas être ; ici, la vie maudite et perdue ; là, l’éternel élan au salut et bien moins, que le souvenir de la rédemption.

BAUDELAIRE polit son vers et le repolit, jusqu’à ce qu’il ait uni tout à fait la matière ; toutefois goût suprême, il n’en efface pas les arêtes ; il en fait jaillir les coutures : d’où cette énergie unique.

BAUDELAIRE court les déserts, les mers, les oasis, les tropiques ; BAUDELAIRE s’efface de BAUDELAIRE et s’incarne à ce qu’il découvre, et il y porte tant de passion, qu’il le chante. Il est la source du grand, de l’inépuisable exotisme : le voyage en esprit. Ses Indes sont celles de l’imagination passionnée, de l’inquiétude créatrice. Le poète en voyage donne l’émotion de la vie et de la nature inconnue où le voyageur se quitte lui-même et se renouvelle. Il ne change sans doute pas d’esprit, mais c’est une vision nouvelle de son âme qu’il présente. Elle est tropicale, elle est africaine, elle est noire, elle est esclave. Voilà de vrais pays, une Afrique réelle et des Indes authentiques.

BAUDELAIRE est épris de musique comme personne avant lui, dans la poésie française. Il était musicien dans l’âme, sans pratiquer la musique ni s’y bien la connaître. Mais il a l’instinct de l’art sonore, que ne donne toujours une science exacte. Il a surtout le tact du chef-d’œuvre : il est celui qui ne se trompe pas.

Le poème en vers de BAUDELAIRE part d’une image et d’une pensée, pour voler du bond le plus vite à l’émotion. Tout est bref, rapide, essentiel ; et pourtant, chacune de ces pièces lyriques est un petit monde de sens, de couleur, de musique et de passion. Chacune est une pièce précieuse, ajoutée au trésor de la vie ardente : un moment qui ne doit pas finir. Ainsi se fait la vie éternelle.

Les vers de BAUDELAIRE font de la pièce la plus brève un grand poème par la longueur d’onde de la palpitation.