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Nicole PORTAY Virginia BLANCO
Christian MALAPLATE | 11 Octobre 2018 08:32

Nicole PORTAY membre de la Société des Poètes Français responsable nationale du concours jeunesse vous présente ce concours

 

Dans cette deuxième partie de l’émission je reçois Virginia BLANCO pour son recueil de poèmes qui a pour titre Brume – Bonjour Virginia –

Vous écrivez : «  Je laisse le silence prendre corps

Lorsque la langue se meurt

Sur l’absent du vent »

L’absence se mêle à la vie, avançant à tâtons

Dans la brume tout en humant les fragrances

D’un amour disparu.



La poésie de la Renaissance
Christian MALAPLATE | 11 Octobre 2018 08:29

Le 16ième siècle est une époque particulièrement fructueuse pour la poésie. Encouragés par les progrès de l’imprimerie, l’enrichissement de la langue française et la protection de mécènes parfois très puissants, les poètes revendiquent une très grande variété d’inspiration. Soucieuses d’expérimenter de nouvelles formes sans rompre avec la tradition la plus ancienne (notamment antique), toutes les générations de poètes sont surtout portées par l’envie de célébrer un monde perçu comme fondamentalement moderne. De fait, les missions dévolues au poète sont multiples : chanter la gloire des princes pour les immortaliser, explorer le sentiment amoureux pour découvrir de nouveau territoires psychologiques, louer Dieu en réinventant le cas échéant le lyrisme religieux, peindre l’activité humaine dans ses dimensions les plus nobles ou les plus simples, et enfin découvrir les secrets de la Nature. Etre poètes, c’est avoir conscience qu’accomplir toutes ces tâches relève d’un engagement impérieux qui assure par ailleurs une gloire éternelle.

Loin d’être détaché des réalités de son temps, le poète du 16ième siècle se perçoit d’abord comme engagé au service de la cité, et notamment de son roi. Comme chez Homère, Virgile ou Horace, la poésie a pour première fonction de transmettre à la postérité le nom des grands hommes ceux qui exercent le pouvoir. De fait, la poésie renaissante invente un nouveau rapport aux princes où se mêlent complicité et échange (comme chez Clément MAROT), célébration et conseil (comme chez Pierre de RONSARD). Car si le prince est un protecteur et mécène, il est aussi de plus en plus un vrai lecteur. Le poète est aussi capable de célébrer, en les rendant éternels, les grands évènements qui rythment la vie des princes, la signature, d’une paix ou d’un mariage. Mais dans le chaos des guerres de Religion, la poésie politique gagne aussi en âpreté, qu’elle soit au service des régnants ou soucieuse d’en dénoncer les travers avec une verve toujours plus satirique comme chez Agrippa d’AUBIGNE.

La poésie amoureuse domine assurément la production poétique du 16ième siècle. Dans le prolongement de la tradition courtoise médiévale, l’amour est le creuset où s’invente un nouveau raffinement culturel et  le révélateur d’une intériorité psychique plus complexe. Avec  Pétrarque, la poésie amoureuse est associée à un genre : le sonnet et à l’idée de quête spirituelle où alternent joies et peines.

Comme la poésie amoureuse, la poésie religieuse domine le 16ième siècle, et son évolution reflète fidèlement les changements de vision du monde dans une époque marquée par le schisme religieux et le violent conflit entre catholiques et protestants. La poésie évangélique  traduit d’abord un changement fondamental où le poème est le vecteur d’une expérience spirituelle inédite, détachée de toute institution  religieuse, fondée sur la seule méditation personnelle, de la Bible notamment. La simplicité des formes lyriques adoptées (dans la traduction des Psaumes de Clément Marot par exemple) autorise en filigrane une présence plus forte du fidèle dans son texte. Dans la mouvance de la Péliade, les poètes cherchent davantage à articuler vestiges antiques et vérités chrétiennes pour renouveler le lyrisme chrétien. Mais c’est à la fin du siècle que cette veine religieuse trouve un réel épanouissement. Sous l’influence des guerres de Religion et d’une spiritualité sombre et inquiète, la poésie – catholique ou protestante  - devient expérience du renoncement, pour accueillir  plus sereinement la mort et se dégager des illusions de l’existence terrestre. Sous l’influence du courant humaniste, les poètes utilisent le vers pour explorer tous les aspects de l’humaine condition. En ce sens, la poésie est le reflet d’une insatiable curiosité pour l’humain. Chez certains  poètes la poésie se fait l’écho des plaisirs et des tracas du quotidien, révélant la capacité du poète à exercer un regard complexe sur des choses ou des êtres en apparence  simples. De fait, dans sa veine élogieuse, la poésie rend compte d’une dignité de l’homme, par exemple à travers la puissance de sa parole ou l’acuité de son regard. La poésie fait de chaque évènement de l’existence l’occasion d’une expérience  fondamentale, qu’il s’agisse du fait même d’être poète ou du sentiment de l’approche de la mort. En ce sens, on notera l’importance de la poésie didactique du 16ième siècle : le poète contribue au bien de tous en prodiguant des enseignements pour accéder à la vertu.

 

Puisque la poésie est célébration, elle inclut logiquement une louange de la Création, dans une double voie d’admiration et de connaissance. L’objet du poème devient alors soit l’ordre des choses (tel qu’il a été voulu par Dieu), soit les choses elles-mêmes qui, dans leur étonnante singularité, reflètent aussi la puissance créatrice de Dieu. Si la poésie est scientifique, ce n’est donc pas au sens moderne du terme : car au désir de recensement encyclopédique et de compréhension des objets du monde, s’ajoute toujours le plaisir d’une contemplation des « merveilles » chargées de mystère qu’ils sont par ailleurs. C’est ainsi qu’on comprendra la démarche orphique (savante et mystique) adoptée par RONSARD dans ses Hymnes.

Au 16ième siècle, la poésie de la Nature est dominée par les « longs poèmes » cosmologiques qui, à partir du modèle biblique de la Genèse, ne cessent de réfléchir sur la place de l’homme dans l’univers – complément indispensable de la peinture de « l‘humaine condition ».

La création poétique du 16ième siècle, est fondée sur le principe de l’imitation ; écrire un beau poème, c’est imiter un modèle prestigieux, antique ou italien, ou imiter la nature, c’est-à-dire l’œuvre divine – le modèle par excellence – nécessairement parfaite. Regarder le poète « à sa table de travail », rentrer dans son atelier, c’est donc  avant tout surprendre un lecteur, feuilletant les ouvrages de ses prédécesseurs – en particulier les Anciens – pour s’en imprégner, ou plutôt s’en nourrir : l’image de la dévoration ou de l’ingestion est constante à la Renaissance et traduit parfaitement l’originalité du processus créatif. « Digérer » des modèles, c’est à la fois les intégrer pleinement et les mêler à sa propre vie – tout en les mêlant entre eux – pour restituer une œuvre singulière.