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Francis JAMMES
Christian MALAPLATE | 01 Novembre 2018 19:15

Dans la préface du  recueil Le Deuil des primevères de Francis JAMMES  paru dans la collection Poésie/Gallimard Robert MALLET écrit à propos de Francis JAMMES : «L'œuvre qui représente le mieux Francis Jammes est sans doute Le Deuil des primevères, parce qu'elle se situe au point de sa vie où il a su concéder au prosaïsme et au lyrisme la juste part qui revient à chacun, sans que chacun nuise à l'autre ou l'étouffe. Le langage s'en trouve bien. Il a l'aisance au ras du sol de l'impression satisfaite avec les choses observées, et l'élan de l'image qui porte la confidence au niveau d'un appel intérieur. On y sent ce qui respire et ce qui est inspiré.
Livre d'un homme jeune capable d'exprimer tout ce qu'il éprouve depuis son enfance et tout ce qu'il éprouvera jusqu'à sa vieillesse, il contient, pourrait-on dire, l'essence même de la poésie de Francis JAMMES, ce parfum à nul autre pareil dont on s'imprègne sans y prendre garde, fait de passé, de campagne, d'exotisme et de religiosité. Toutes les cloches s'y conjuguent : celles des églises habillées de feuilles, celles des moutons transhumants, celles des bateaux transocéaniens, celles des fleurs tropicales. Les sonneries retentissent au cœur du poète transporté lui aussi d'un côté du monde vers l'autre. Il n'a pas cessé d'être, selon ses propres termes, un faune, mais ce faune ne tourne pas le dos à un certain chrétien qui, se souciant peu des dogmes, se réclame de François d'Assise et s'adresse sans fausse honte à un Dieu très bonhomme pour lui confier ses inquiétudes charnelles ou spirituelles.»
Dans la préface de son recueil Le deuil des primevères Francis JAMMES. « Le deuil des primevères est d’une forme et d’une pensée calmes parce que je l’ai surtout conduit dans une solitude où mes souffrances parfois s’apaisèrent. »

Le recueil Le Deuil des primevères se compose ainsi -Elégies – La jeune fille nue – Le poète et l’oiseau – Poésies diverses – quatorze prières –

Lecture Elégie Huitième

 

Pour Francis JAMMES,  les travaux et les jours, la vie des humbles, le quotidien des gestes s’insérant dans la loi universelle, la douleur et les bienfaits du ciel, l’admiration et l’amour de la nature, sont l’essence même de la vie .Dans son recueil Le deuil des primevères Le poète y conte ses amours, leur déception, et cette inextinguible soif d’aimer qu’il ressent encore dans une certaine résignation au malheur. Les 14 prières finales chantent la nature, la douleur et la mort, l’humilité et la gloire de Dieu dans une inspiration qui passe progressivement de l’émotion esthétique à celle d’un sentiment presque religieux. Deux prières extraits du Deuil des primevères

Prière pour que les autres aient le bonheur  et Prière pour aller au paradis avec les ânes

 

De l'angélus de l'aube à l' angélus du soir C'est le grand recueil de poèmes de Francis Jammes (1868-1938), publié en 1898. Le poète s'adresse à Dieu et lui confie les rêves les plus chers de son âme contemplative: il souffre, mais ne cesse d'aimer son créateur à travers les splendeurs de la nature. La vie des humbles, la vie de tous les jours est le sujet de son inspiration: elle cèle ses trésors au profane, mais les révèle à celui qui sait voir la vérité avec des yeux purs. Notre journée est une aventure qu'il faut considérer selon la foi divine: chaque geste s'insère dans la vie universelle et confère aux sentiments, aux aspirations, la certitude d'une réalité. Dieu seul peut nous donner la faculté de connaître la vie: dans la paix du monde, le plus sûr moyen d'y parvenir est la prière. Les voies du Seigneur sont parsemées de bienfaits: si l'homme sait approcher les choses de la création avec un cœur sincère, il en connaîtra les secrets. Il est deux miracles quotidiens dans l'existence du chrétien: l' aube, si douce dans sa splendeur, si tendre sous les premiers rayons de soleil, et le crépuscule où le bleu du ciel fait place à la clarté lunaire et au silence de la nuit. Les fleurs, les plantes, les lacs, les prés, les glycines, les glaïeuls et les lilas exhalent une douce mélancolie. Tout est miracle pour qui sait contempler les choses avec innocence: un simple animal ("J'aime l' âne..."), la pensée de la mort et le souvenir de la femme aimée ("Lorsque je serai mort..."), même la vue du logis et de ceux qui nous sont chers ("La maison serait pleine de roses..."). Le poète évoque la rencontre d'une pauvre malade qui attend vainement un miracle ("J'allai à Lourdes"); il pense à des mots d'amour entendus ("Que je t'aime"); il admire la vie subtile de la nature qui, par une loi unique, transforme sans cesse toute chose ("Une feuille morte tombe..."). Bien d'autres poèmes révèlent toute la douceur élégiaque de Jammes; on trouve même une petite comédie symbolique, en vers, sur "La naissance" et "La mort du poète", cet être qui possède le don de comprendre l'univers. Ce recueil découle d'un seul motif: l'amour de la nature.

En préface dans son recueil De l’angélus de l’aube à l’angélus du soir il dit sa vocation de poète chrétien :

« Mon Dieu, vous m’avez appelé parmi les hommes. Me voici.  Je souffre et j’aime. J’ai parlé avec la voix que vous m’avez donnée. J’ai écrit avec les mots que vous avez enseignés à ma mère et à mon père qui me les ont transmis. Je passe sur la route comme un âne chargé dont rient les enfants et qui baisse la tête. Je m’en irai où vous voudrez, quand vous voudrez. L’angélus sonne. »

Lecture poèmes Lorsque je serai mort…  -La maison serait pleine de roses  – J’aime l’âne

Dans le recueil : Le triomphe de la vie paru en 1902, Francis JAMMES écrit :

Je veux ici, puisqu’il faut commencer,

Ne point poser à faux dans l’encrier

Ma plume. Et, comme un adroit ouvrier

Tient sa truelle alourdie de mortier,

Je veux, d’un coup, à chaque fois porter

Du bon ouvrage au mur de ma chaumière.

En 1906, paraît le recueil Clairières dans le ciel. A la suite de sa conversion Francis JAMMES trouve dans le recueil plus de gravité, pour exprimer sa foi. Le recueil comprend un ensemble de poésies intitulé Tristesses, un long poème en forme dramatique, Le poète et sa femme, et un autre ensemble intitulé Poésies diverses. Des poèmes plus récents, En Dieu et L’église habillée de feuilles, sont placés l’un en tête, l’autre à la fin du recueil, et une note indique qu’ils ont été écrits après le retour du poète au catholicisme.

La Prière est une chanson de Georges Brassens sur un poème de Francis Jammes extrait du recueil "L'Eglise habillée de feuilles". Elle est enregistrée en 1964. Georges Brassens a repris le timbre qu'il avait déjà utilisé en 1954 pour la mise en musique du poème d'Aragon, Il n'y a pas d'amour heureux.

                                  A propos de son recueil Les Géorgiques chrétiennes (1911) le poète considère cette œuvre comme un aboutissement. Depuis longtemps il a chanté Dieu dans la nature et avec plus de ferveur encore depuis sa conversion. Depuis ses premières œuvres il a exprimé son amour des travaux de la terre. Il écrit donc ces Géorgiques chrétiennes à la gloire de Dieu, des paysans et des champs. Toute une série de recueils, témoignent et affirment sa sensibilité aiguë et sa foi chrétienne. Dans La vierge et les sonnets (1919) Francis JAMMES dit les dispositions intimes du poète et sa ferveur. Sonnets pour commencerCantique de Lourdes et Cantique à Notre-Dame de Sarrance- Sonnets pour finir. Dans Le Cantique de Lourdes, il écrit : « Bernadette souffrait. Elle était peu de chose comme l’alpestre rose au vent de La forêt, qui tremble à peine éclose. Mais cette rose-là attirait les abeilles que le ciel ensoleillé et elle parfuma le roc de Massabielle. »

Dans la préface du recueil Les quatrains (1923 – 1925), le poète avertit le lecteur que quatre vers peuvent contenir le drame et la méditation d’une existence toute entière.

Mourir comme le vent s’apaise dans les feuilles

         Dont il essuie, après un orage, les pleurs ;

         Avec un humble espoir que sa bonté l’accueille

         Laisse mon cœur aller dans celui du Seigneur.

 

Dans Ma France Poétique (1926) le poète compose de petits tableaux alertes et parfois intimes :

Non loin de mon pays natal, les Pyrénées

Qui jusque-là mêlaient leurs ailes tourmentées

Se posent comme un vol d’outardes sur les prés.

Elles ont la couleur même des minerais

Qu’elles portent, avec quelques filets de neige.

 

Dans le recueil De tout temps jamais paru en 1939, le poète compose des vers d’inspiration variée comprenant des poèmes à des morts, des fantaisies, des poèmes mystiques et des prières diverses. L’ensemble donne une impression de vie, de jeunesse et d’achèvement dans toutes les voies où le poète s’est exercé. Voici la première strophe du poème dédié à Anna de NOAILLES :

Un jour tu vins me voir dans ce pays sauvage,

Et je devinai vite alors que c’était toi,

Car tes yeux pleins de nuit ravageaient ton visage

Pâle comme la lune, er versaient leur émoi.

 

Après la mort de son mari en 1938 Madame Francis JAMMES publie en 1944,  le recueil posthume Sources et Feux. Dans ce recueil le poète mêle aux descriptions rustiques des souvenirs personnels.

………….Ce sera l’heure

Que le ciel s’ouvre aux choses intérieures

Ces doux reflets éternels que l’on fleure…

 

Dans l’œuvre de Francis JAMMES il est important de signaler qu’après sa conversion, faite sous la direction de Paul CLAUDEL, accouru à son appel le poète va développer son œuvre dans la sérénité de la foi retrouvée. Ayant fait retour à l’église, c’est alors que, comme par miracle, sa sensibilité, rendue sereine par le renoncement et la conversion que le poète trouve à s’exprimer à nouveau- Une jeune fille lui a écrit qu’elle aimait ses vers. Elle est douce et cultivée, elle s’appelle Ginette GOEDORP et habite à Bucy-Le-Long dans le département de l’Aisne. Elle sera sa fiancée devant la Vierge de Lourdes avant d’être sa femme en 1907. Ils eurent 7 enfants (5 filles et 2 garçons).

Le poète montre un christianisme d’action, charitable et souriant où s’élève à une méditation souvent inspirée par la beauté ou la bonté de la nature.

Pour Francis JAMMES, « Le poète est ce pèlerin que Dieu envoie sur la terre pour qu’il y découvre des vestiges du Paradis perdu et du ciel retrouvé. »

Il écrit : « Tout le travail de Dieu en moi… a été de me détacher peu à peu de toute ambition, de m’éloigner de la vie moderne… J’ai donc dans cette solitude, tout le bonheur que l’on puisse souhaiter. »

Il dit aussi - « Mon âme est un chant catholique où prie un recueillement. »

Et il ajoute :

« Maintenant, ô Mon Dieu, je sais que chaque chose

Porte en soi son Mystère et que le  savez.

Ceci est un caillou, ceci est une rose.

Ceci est une femme et ceci un baiser. »