Liste des commentaires
Jean SENAC -
Christian MALAPLATE | 14 Mars 2017 20:11

Musique dans l'émission

Extraits ALGERIE - Ensembles folkloriques régionaux-

 

Nedjma (Saïda)

La zerda (Sétif)

Hmana (Aïn Temouchant)

Djanni ma djanni (Constantine)

Zgairi (Biskra)

Tatouah (Blida)

Hadaoui (Biskra)

 

Chants rituels dogon (MALI)



Jean SENAC poème
Christian MALAPLATE | 13 Mars 2017 14:28

 Si chanter mon amour

 

Si chanter mon amour c’est aimer ma patrie,

Je suis un combattant qui ne se renie pas.

Je porte au cœur son nom comme un bouquet d’orties,

Je partage son lit et marche de son pas.

 

Sur les plages l’été camoufle la misère,

Et tant d’estomacs creux que le soleil bronza

Dans la ville le soir entrelace au lierre

Le chardon de douleur, cet unique repas.

 

Nous pouvons oublier dans un baiser facile

Le sang de Dien Bien Phu ou celui de Casa,

Il vient toujours un temps où la beauté s’exile.

 

Un temps où la colère nous arrache à nos draps.

Lors je perds, me plains et retrouve au combat

Le droit de te chérir er de sauver notre île.

 

   Tracts

 

C’est un printemps de déchirures,

De papillons sur les masures :

PACIFICATION-EXTERMINATION !

 

C’est un printemps de reniés,

De morts, de mensonges dorés :

ASSEZ DE TORTURES EN ALGERIE !

 

C’est un printemps comme un délit,

Comme une flamme sous la pluie :

VIVE L’ALGERIE INDEPENDANTE !

 

C’est un printemps comme un fusil brisé.

 

Le chant de Robert

 

L’odeur ouvre le front

met dans la main une rumeur ancienne

la simple odeur longtemps retenue de la laine

et la tranquille ampoule où brûle le limon

 

L’oreille ouvre le temps

quel genêt bouge alors dans le cœur quelle pierre

frappe la jambe quel printemps

remet au centre la misère

 

La bouche ouvre la nuit

libère un vieux galion sous la dure falaise

une fille s’endort le bruit

des mers inachevées la conduit la protège

 

Le cœur ouvre l’étui

où rêvait le poète à ses futures frondes

pareil au garve enfant que la mort dévergonde

sourd à ses animaux sourd aux dieux, sourd aux fruits

 

La chaleur ouvre le monde

dans le signe de l’ami

 

 

Simplement un instant

 

Simplement un instant pouvoir poser ma tête

Sur ton cœur et penser que tout n’est pas si vain,

Et me réconciliant avec des joies honnêtes,

Oublier que l’amour trompe plus que le vin .

 

Approcher lentement mon désir de tes lèvres,

Les effleurer, garder ton haleine sur moi,

Agrandir ta pupille au-delà de la fièvre

Et que ton œil si grand soudain paraisse étroit.

 

Tu fuis, ta gentillesse est nerveuse et complice

De mon geste qui donne à ta peau son éclat.

Tous les ruisseaux du Sud ont couru sur tes cuisses

Et l’ongle de la mer a lacéré tes bras.

 

Poulain des sables francs, tu mords et tu rutiles,

Tu gambades, naïf aux rires de copeaux,

Ton corps est ce long golfe où la raison s’exile,

O toi qui ris lorsque je dis que tu es beau !

 

L’aube va se lever avec ses coups de pioche,

Chacun de son côté s’enchaîne à son travail,

Mais moi je porterai ton regard d’eau de roche,

Et toi, garderas-tu ma main sous ton chandail ?

 

 

Les belles apparences

 

 Le cœur à l’étroit 

mes amis sommeillent

ils ont froid et les abeilles

feront un miel amer

 

Mon pays sourit aux touristes

Alger la Blanche dort en paix

vont et viennent les cars de police

la lèpre au cœur est bien gardée

 

Qui donc ira dénoncer

la grande amertume des ruches

le corps à l’étroit

les pauvres trichent avec le froid

 

Belle peau de douce orange

et ces dents de matin frais

la misère donne le change

ne vous fiez pas à tant de beauté

 

Ici on meurt en silence

sans trace au soleil épais

mais demain le miel amer

qui voudra le goûter

 

Sous les jasmins le mur chante

la mosquée est calme et blanche

ô flâneur des longs dimanches

il y a  grande merci

 

A la surface de la nuit

tas d’ordures sac et pluie

 

 

Le temps des mots

 

Cœur percé d’une hirondelle

mes camarades sont en prison

mon image n’est pas belle

s’ils doivent y rester longtemps

 

La beauté est difficile

deux cœurs ne font pas une île

mais une flèche un tison

Au-dessus de la ville

mes camarades sont en prison

 

Pourquoi chanter quand nous menace

le cri funèbre d’un innocent

la beauté est une impasse

l’hirondelle un mot sans passe

si la poésie n’arrête pas le sang

 

Cœur percé d’une hirondelle

ma patrie est en prison

mon image n’est pas belle

si elle n’ouvre pas le temps

de la liberté et de la raison

 

Cœur percé d’une hirondelle

la vie au bout de la chanson.

 

 

 

 



Jean SENAC extrait
Christian MALAPLATE | 13 Mars 2017 14:25

Né à Béni-Saf près d’Oran (Algérie) le 27 novembre 1926, Jean Sénac n’a pas connu son père, peut-être gitan, et porte le nom de sa mère, Jeanne Comma (1887-1965) jusqu’à l’âge de cinq ans, âge auquel il est reconnu par Edmond Sénac. Il passe son enfance et son adolescence à Saint-Eugène, quartier populaire d’Oran. Après de brèves études, il exerce divers métiers. Son premier poème date de février 1941 et sa première publication de novembre 1942.

En août 1943 Sénac fonde avec quelques amis l’association des « Poètes obscurs ». Enseignant en 1943, il publie de nouveaux poèmes dans la revue marocaine Le Pique-Bœuf, signe en septembre 1944 un acte d’engagement pour la durée de la guerre et est affecté à Beni Mered, près de Blida. Secrétaire de l’aumônier au cercle des militaires catholiques, il lit Baudelaire, Rimbaud et André Gide dont les romans le marqueront. À Alger, il fait connaissance d’Edmond Brua et de Robert Randau, père de la littérature algérianiste, dont l’appui lui sera précieux.

En 1946, il rencontre Simone de Beauvoir et Emmanuel Roblès qui devient son ami. Entré à l’association des écrivains algériens, il fonde le Cercle artistique et littéraire Lélian. Les deux années suivantes (1947-1948), Jean Sénac, atteint de pleurésie, séjourne au sanatorium de Rivet près d’Alger ; il commence à correspondre avec Albert Camus. Appartenant au parti communiste, il fréquente les milieux nationalistes algérois, le PPA de Messali Hadj ou l’UDMA de Ferhat Abbas.

En 1949 il anime une émission de radio, édite une revue polycopiée (M) et publie des poèmes dans Afrique. Après la création de Soleil, dont paraîtront plusieurs numéros jusqu’en 1952, et grâce à une bourse, Jean Sénac séjourne en France, rencontrant à Paris Albert Camus et René Char. Il se fait le défenseur de la révolution algérienne : la revue Consciences algériennes publie le fameux Matinale de mon peuple (repris en 1961). De retour à Alger en 1953, Jean Sénac crée la revue Terrasses : un seul numéro verra le jour où sont publiés Albert Camus, Mohammed Dib, Francis Ponge, Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, etc.

En août 1954, Jean Sénac, qui a démissionné de son poste à Radio Alger après une émission sur Mouloud Mammeri dans laquelle il a employé l’expression « patrie algérienne », est de nouveau à Paris où son recueil Poèmes est publié par Gallimard, avec un avant-propos de René Char, dans la collection Espoir dirigée par Albert Camus. S’impliquant dans la guerre d’indépendance, il rejoint les militants de la Fédération de France du FLN, participe à l’installation de l’imprimerie clandestine d’El Moudjahid chez Subervie, écrit en janvier 1955 son premier poème ouvertement anticolonialiste et publie des textes « engagés » dans les revues qui les acceptent, notamment Esprit. Il organise des rencontres entre Camus et des Algériens qui occuperont des fonctions importantes dans l’Algérie indépendante, Réda Malek, Ahmed Taleb, Layachi Yaker. En août 1956, il rencontre Jacques Miel avec qui il voyage en Italie en 1957 et dont il fera son fils adoptif. Il se lie simultanément avec les peintres Khadda et Benanteur qui illustreront ses recueils. En 1958 il rompt avec Camus. En 1958 et 1959 il passe ses étés en Espagne, acquiert en 1959 une maison à Châtillon-en-Diois, dans la Drôme, et publie en 1961 le recueil Matinale de mon peuple.

De retour en Algérie en 1962, il publie Le Torrent de Baïn, Aux héros purs (sous le pseudonyme de Yahia El-Ouahrani) et Jubilation alors qu’il est nommé conseiller du ministre de l’Éducation du gouvernement Ben Bella. Il participe en 1963 à la fondation de l’Union des écrivains algériens dont il sera le secrétaire général jusqu’en 1967 et à la création de la revue Novembre. La même année, il lance une nouvelle émission radiophonique hebdomadaire, « Poésie sur tous les fronts », en même temps que paraît La Rose et l’Ortie.

Après la chute de Ben Bella en 1965 commence la période de disgrâce : il démissionne de l’Union des écrivains algériens et s’installe en 1967 à Alger. Paraissent alors Citoyens de beauté (1967), Lettrier du soleil (1968) et Avant-Corps précédé de Poèmes iliaques et suivi du Diwân du Noûn (1968). En 1972, la censure de son émission l’affecte beaucoup. Paraît alors le dernier ouvrage publié de son vivant, Les Désordres (1972).

Le « poète qui signait d’un soleil » meurt assassiné dans la nuit du 29 au 30 août 1973, son meurtre demeurant non élucidé. Il est enterré le 12 septembre au cimetière d’Aïn Benian.