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Minerai noir
Christian MALAPLATE | 26 Mars 2017 14:51

Depestre, Minerai Noir

Quand la sueur de l'Indien se trouva brusquement tarie par le soleil
Quand la frénésie de l'or draina au marché la dernière goutte de sang indien
De sorte qu'il ne resta plus un seul Indien aux alentours des mines d'or
On se tourna vers le fleuve musculaire de l'Afrique
Pour assurer la relève du désespoir
Alors commença la ruée vers l'inépuisable
Trésorerie de la chair noire
Alors commença la bousculade échevelée
Vers le rayonnant midi du corps noir
Et toute la terre retentit du vacarme des pioches
Dans l'épaisseur du minerai noir
Et tout juste si des chimistes ne pensèrent
Au moyen d'obtenir quelque alliage précieux
Avec le métal noir tout juste si des dames ne
Rêvèrent d'une batterie de cuisine
En nègre du Sénégal d'un service à thé
En massif négrillon des Antilles
Tout juste si quelque curé
Ne promit à sa paroisse
Une cloche coulée dans la sonorité du sang noir
Ou encore si un brave Père Noël ne songea
Pour sa visite annuelle
A des petits soldats de plomb noir
Ou si quelque vaillant capitaine
Ne tailla son épée dans l'ébène minéral
Toute la terre retentit de la secousse des foreuses
Dans les entrailles de ma race
Dans le gisement musculaire de l'homme noir
Voilà de nombreux siècles que dure l'extraction
Des merveilles de cette race
O couches métalliques de mon peuple
Minerai inépuisable de rosée humaine
Combien de pirates ont exploré de leurs armes
Les profondeurs obscures de ta chair
Combien de flibustiers se sont frayés leur chemin
A travers la riche végétation des clartés de ton corps
Jonchant tes années de tiges mortes
Et de flaques de larmes
Peuple dévalisé peuple de fond en comble retourné
Comme une terre en labours
Peuple défriché pour l'enrichissement
Des grandes foires du monde
Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle
Nul n'osera plus couler des canons et des pièces d'or
Dans le noir métal de ta colère en crues.
 
René DEPESTRE, Minerai noir, 1956, Présence africaine.


DEPESTRE
Christian MALAPLATE | 26 Mars 2017 14:48

Sa rencontre avec Aimé Césaire et André Breton le marque profondément, par sa découverte du surréalisme. Pour lui, Breton c’était « le feu aux poudres », dira-t-il par la suite. Car le surréalisme lui apparaît comme un formidable facteur de libération contre l’esclavage et la colonisation, un moyen radical de désaliéner les consciences et de promouvoir les trésors de l’imaginaire collectif haïtien. Il prend alors conscience qu’à travers le vaudou le peuple haïtien a créé une sorte de surréalisme populaire pour se libérer des frustrations de son histoire, à l’aide de récits oniriques et fantastiques, teintés de merveilleux ; et qu’à travers le Carnaval, sur des modes comiques, érotiques et picaresques, se trouve reprise l’histoire des siècles passés, au cours de laquelle des masques ont été mis sur tous les visages.

Un numéro spécial de sa revue, condamnant le fascisme, est saisi et interdit, déclenchant une riposte étudiante, puis populaire, qui dégénère en grève générale et finit par renverser la dictature d’Élie Lescot, laquelle est aussitôt remplacée. De façon prémonitoire, dans le poème intitulé Me Voici, qui ouvre son premier recueil, n’avait-il pas écrit peu auparavant :

                                             
Depestre se retrouve en prison. Il y publie son second recueil Gerbe de sang (1946), où il exprime ses désillusions et son amertume. Désormais son engagement est radical. Une fois libéré, il quitte Haïti pour un exil qui n’aura pas de fin.

Il a 20 ans lorsqu’il débarque à Paris, où il séjournera cinq ans. Années d’études et d’apprentissage par la fréquentation des cercles politiques et littéraires, où il rencontre Éluard, Seghers, Aragon, Tzara, Claude Roy, Cendrars, Guillevic, ainsi que Césaire, Senghor, Damas, A. Diop, E. Glissant, autour de la revue Présence Africaine. Il pense alors que poésie et politique peuvent aller de pair. Mais par la suite il reconnaîtra s’être trompé. En 1951, il est expulsé de France à cause de son combat contre le colonialisme. Suivent des années d’errance, « d’une rive à l’autre de la guerre froide ». On le retrouve notamment à Prague, où il trouve asile ; puis à Cuba, dont on l’expulse ; au Chili avec Neruda ; en URSS, en Argentine, puis au Brésil, où il séjourne deux ans. Durant ces années difficiles, où la poésie l’aide à vivre, il publie trois recueils d’inspiration politique : Végétations de clarté (1951), préfacé par Césaire ; Traduit du grand large (1952) et Minerai noir (1956), où il dénonce le racisme.



Musique et poèmes DEPESTRE
Christian MALAPLATE | 26 Mars 2017 14:44

Musique :

La liberté Isabelle AUBRET

Les Antilles

Les Antilles

Nocturne en mi majeur op.50 RUBINSTEIN

Barcarolle en sol mineur opus 11 RACHMANINOV

Concerto pour flûte et orchestre (allegro) NIELSEN

Lecture poèmes de René DEPESTRE

J'avance les pieds nus... de mes nuits !

Je connais un mot

Me voici

Minerai noir

Ma patrie enchaînée

La petite lampe sur la mer (extraits)

Poème d'automne

Ouvert à tous les vents

Le métie à métisser

Bulletin de santé

L'état de poésie (extraits)