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Traces de Lumière

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Philippe PETIT
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Posté le: 09 Novembre 2015 18:32
Sujet de la contribution: Traces_de_Lumière_du_lundi_02_novembre_2015_François_VILLON

Les amis,

Pour écouter l'émission :

http://www.tracesdelumiere.fr/emissions_traces/Traces_20151102_Francois_VILLON.mp3

Cette émission était consacrée à François VILLON,

autour de "Le testament du pauvre"

Merci de donner votre senti autour de cette émission

à tout de suite

Philippe PETIT



Modifié 09 Novembre 2015 18:33
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Christian MALAPLATE
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Posté le: 10 Novembre 2015 06:18
Sujet de la contribution: Traces_de_Lumière_du_lundi_02_novembre_2015_François_VILLON

Poèmes de François VILLON chantés par :

Monique MORELLI

L'an quatre cent cinquante six

L'épitaphe, ballade des pendus

Pauvre je suis

Ballade pour prier Notre Dame

Ballade des dames du temps - James OLLIVIER

Ballade de la Belle Heaumière aux filles de joie - Cathy HERNANDEZ

Chris PAPIN

Ballade au nom de la fortune

Item, je laisse

---------

Poèmes de Jean-Charles DORGE

L'enfance

Le rêve poétique



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Christian MALAPLATE
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Posté le: 10 Novembre 2015 06:21
Sujet de la contribution: Traces_de_Lumière_du_lundi_02_novembre_2015_François_VILLON

Ballade de la belle Heaumière aux filles de joie

" Or y pensez, belle Gautière
Qui écolière souliez être,
Et vous, Blanche la Savetière,
Or est-il temps de vous connaître :
Prenez à dêtre ou à senêtre ;
N'épargnez homme, je vous prie ;
Car vieilles n'ont ne cours ne être,
Ne que monnoie qu'on décrie.

" Et vous, la gente Saucissière
Qui de danser êtes adêtre,
Guillemette la Tapissière,
Ne méprenez vers votre maître :
Tôt vous faudra clore fenêtre,
Quand deviendrez vieille, flétrie :
Plus ne servirez qu'un vieil prêtre,
Ne que monnoie qu'on décrie.

Jeanneton la Chaperonnière,
Gardez qu'ami ne vous empêtre ;
Et Catherine la Boursière,
N'envoyez pas les hommes paître ;
Car qui belle n'est, ne perpètre
Leur male grâce, mais leur rie,
Laide vieillesse amour n'empètre
Ne que monnoie qu'on décrie.

Filles, veuillez vous entremettre
D'écouter pourquoi pleure et crie :
Pour ce que je ne me puis mettre
Ne que monnoie qu'on décrie. "



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Christian MALAPLATE
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Posté le: 10 Novembre 2015 06:22
Sujet de la contribution: Traces_de_Lumière_du_lundi_02_novembre_2015_François_VILLON

Ballade des Dames du temps jadis

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?



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Christian MALAPLATE
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Posté le: 10 Novembre 2015 06:23
Sujet de la contribution: Traces_de_Lumière_du_lundi_02_novembre_2015_François_VILLON

L'Épitaphe de Villon ou " Ballade des pendus "

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !



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Christian MALAPLATE
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Posté le: 10 Novembre 2015 06:26
Sujet de la contribution: Traces_de_Lumière_du_lundi_02_novembre_2015_François_VILLON

Épître à mes amis

Ayez pitié, ayez pitié de moi,
A tout le moins, s'il vous plaît, mes amis !
En fosse gis, non pas sous houx ne mai,
En cet exil ouquel je suis transmis
Par Fortune, comme Dieu l'a permis.
Filles aimant jeunes gens et nouveaux,
Danseurs, sauteurs, faisant les pieds de veaux,
Vifs comme dards, aigus comme aiguillon,
Gousiers tintant clair comme cascaveaux,
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

Chantres chantant à plaisance, sans loi,
Galants riant, plaisants en faits et dits,
Coureux allant francs de faux or, d'aloi,
Gens d'esperit, un petit étourdis,
Trop demourez, car il meurt entandis.
Faiseurs de lais, de motets et rondeaux,
Quand mort sera, vous lui ferez chaudeaux !
Où gît, il n'entre éclair ne tourbillon :
De murs épais on lui a fait bandeaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

Venez le voir en ce piteux arroi,
Nobles hommes, francs de quart et de dix,
Qui ne tenez d'empereur ne de roi,
Mais seulement de Dieu de paradis ;
Jeûner lui faut dimanches et merdis,
Dont les dents a plus longues que râteaux ;
Après pain sec, non pas après gâteaux,
En ses boyaux verse eau à gros bouillon ;
Bas en terre, table n'a ne tréteaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

Princes nommés, anciens, jouvenceaux,
lmpétrez-moi grâces et royaux sceaux,
Et me montez en quelque corbillon.
Ainsi le font, l'un à l'autre, pourceaux,
Car, où l'un brait, ils fuient à monceaux.
Le laisserez là, le pauvre Villon ?

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Christian MALAPLATE
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Posté le: 10 Novembre 2015 06:29
Sujet de la contribution: Traces_de_Lumière_du_lundi_02_novembre_2015_François_VILLON

Le Lais - François Villon

   

L'an quatre cens cinquante six,
Je, Françoy Villon, escollier,
Considerant, de sens rassis,
Le frain aux dens, franc au collier,
Qu'on doit ses euvres conseillier,
Comme Vegece le racompte,
Sage Rommain, grant conseillier,
Ou autrement on se mescompte...

II

En ce temps que j'ay dit devant,
Sur Noël, morte saison,
Que les loups se vivent du vent
Et qu'on se tient en sa maison,
pour le frimas, pres du tyson,
Me vint ung vouloir de briser
La tres amoureuse prison
Qui faisoit mon cueur debriser.

III

Je le feiz en telle façon,
Voyant celle devant mes yeult
Consentant a ma deffaçon,
Sans ce que ja luy en fust mieulx ;
Dont je me dueil et plains aux cieulx,
En requerant d'elle vengance
A tous les dieux venerïeux,
Et du grief d'amours allegence.

IV

Et se j'ay prins en ma faveur
Ces doulx regars et beaux semblans
De tres decevante saveur
Me tresparsans jusques aux flans,
Bien ils ont vers moy les piés blancs
Et me faillent au grant besoing :
Planter me fault aultres complans
Et frapper en ung aultre coing.

V

Le regard de celle m'apris
qui m'a esté fellone et dur ;
Sans ce qu'en riens j'aye mesprins,
Veult et ordonne que j'endure
La mort, et que plus je ne dure.
Si n'y vois secours que fouïr ;
Rompre veult la vive soudure
Sans mes pitieux regrets ouïr.

VI

Pour obvier a ses dangiers,
Mon mieulx est, ce croy, de partir.
A Dieu ! Je m'en vois a Angers,
Puis qu'el ne me veult impartir
Sa grace ne me departir.
Par elle meurs, les membres sains ;
Au fort, je suys amant martir,
Du nombre des amoureux sains.

VII

Combien que le depart me soit
Dur, si fault il que je l'eslongne ;
Comme mon povre sens consoit,
Aultre que moy est en quelongne,
Dont oncques soret de Boulongne
Ne fut plus alteré d'humeur.
C'est pour moy piteuse besongne :
Dieu en vueille ouÿr ma clameur !

VIII

Et puys que departir me fault
Et du retour ne suis certain
(Je ne suis homme sans deffault,
Ne qu'aultre d'assier ne d'estain ;
Vivre aux humains est incertain
Et aprés mort n'y a relaiz)
- Je m'en vois en pays lointain -,
Si establit ce present laiz.

IX

Premierement, ou nom du Pere,
Du Filz et Saint Esperit,
Et de sa glorïeuse Mere
Par qui grace riens ne perit,
Je laisse, de par Dieu, mon bruyt
A maistre Guillaume Villon,
Qui en l'onneur de son nom bruyt,
Mes tentes et mon pavillon.

X

Item, a celle que j'ay dit
Qui si durement m'a chassé
Que je suis de joye interdit
Et de tout plaisir dechassé,
Je laisse mon cueur enchassé,
Palle, pitieux, mort et transy.
Elle m'a ce mal pourchassé,
Mais Dieu luy en face mercy !

XI

Item, a maistre Ythier Merchant,
Auquel je me sens tres tenu,
Laisse mon branc d'acier tranchant,
Et a maistre Jehan le Cornu,
Qui est en gaige detenu
Pour ung escot sept solz montant ;
Je veul, selon le contenu,
Qu'on leur livre... en le rachetant !

XII

Item, je laisse a Sainct Amant
Le Cheval blanc avec la Mule,
Et a Blaru mon dÿamant
Et l'Asne royé qui reculle.
Et le decret qui articulle
Omnis utriusque sexus
Contre la Carmeliste bulle
Laisse aux curés, pour mettre sus.

XIII

Et a maistre Robert Valee,
Povre clergot en Parlement,
Qui n'entend ne mont ne valee,
J'ordonne principalement
Qu'on luy baille legierement
Mes brayes, estans aux Trumillieres,
Pour coyffer plus honnestement
S'amye Jehanne de Milliers.

XIV

Pour ce qu'il est de lieu honneste
Fault qu'il soit mieulx recompensé,
Car le Saint Esperit l'adomoneste,
Obstant ce qu'il est insensé.
Pour ce, je me suis pourpensé,
Puis qu'il n'a sens ne qu'une aulmoire,
A recouvrer sur Mau pensé,
Qu'on lui baille, l'Art de memoire.

XV

Item, pour assigner la vie
Du dessus dit maitre Robert,
Pour Dieu, n'y aiés point d'envye,
Mes parents, vendés mon haubert,
Et que l'argent, ou la plus part,
Soit emploié, dedans ces Pasques
A acheter a ce poupart
Une fenestre emprés Saint Jacques.

XVI

Item, laisse et donne en pur don
Mes gans et ma houcque de soye
A mon amy Jacques Cardon,
Le glan aussi d'une saulsoye,
Et tous les jours une grasse oye
Et ung chappon de haule gresse,
Dix muys de vin blanc comme croye,
Et deux procés, que trop n'engresse.

XVII

Item, je lessë a noble homme
Regnier de Montigny, trois chiens ;
Aussi a Jehan Raguier la somme
De cent frans prins sur tous mes biens ;
Mais quoy ? Je n'y comprens en riens
Ce que je pourray acquerir :
L'en ne doit trop prendre des siens,
Ne ses amys trop surquerir.

XVIII

Item, au seigneur de Grigny
Laisse la garde de Nygon
Et six chiens plus qu'a Montigny,
Vicestre, chastel et donjon ;
Et a ce malostre changon,
Moutonnier, qui le tient en procés,
Laisse troys coups d'ung escourgon
Et coucher paix et aise es ceps.

XIX

Item, au Chevalier du guet,
Le Hëaulme luy establis,
Et aux pietons qui vont d'aguet
Tastonnant par ces establis,
Je leur laissë ung beau riblis,
La Lanterne a la Pierre au Let,
Voire, mes j'aray les Troys Lis,
S'ilz me mainent en Chastellet.

XX

Et a maistre Jaques Raguier
Laisse l'Abeuvroir Popin,
Paiches, poires - sucré, figuier-,
Tous jours le choiz d'ung bon loppin,
Le trou de la Pomme de Pin,
Cloz et couvert, au feu la plante,
Emmailloté en jacopin,
Et qui vouldra planter si plante !

XXI

Item, a maistre Jehan Mautaint
Et maistre Pierre Basannier,
Le gré du seigneur qui attainct
Troubles, forfaiz, sans espargnier ;
Et a mon procureur Fournier,
Bonnetz cours, chausses semelees,
Taillees sur mon cordouennier,
Pour porter durant ces gelees.

XXII

Item, a Jehan Trouvé, boucher,
Laisse le Mouton franc et tendre,
Et ung tacon pour esmouchier
Le Beuf Couronné qu'on veult vendre,
Et la Vache, qui pourra prendre
Le vilain qui la trousse au col :
S'il ne la rend, qu'on le puist pendre
Et estrangler d'un bon licol !

XXIII

Item, a Perrenet Merchant,
Qu'on dit le Bastard de la Barre,
Pour ce qu'il est ung bon merchant,
Luy laisse trois gluyons de feurre
Pour estendre dessus la terre
A faire l'amoureux mestier,
Ou il luy fauldra sa vie querre,
Car il ne scet autre mestier.

XXIV

Item, au Loup et a Cholet
Je laisse a la fois ung canart
Prins sur les murs comme on souloit,
Envers les fossés, sur le tart,
Et a chascun ung grant tabart
De cordelier jusques aux piez,
Busche, charbon et poys au lart,
Et mes houseaulx sans avantpiez.

XXV

Item, je laissë, en pitié
A trois petis enffans tous nudz
Nommés en ce present traictié,
- Povres orphelins impourveuz,
Tous deschaussez, tous despourveuz,
Et desnuez comme le ver
(J'ordonne qu'ilz seront pourveuz,
Au moins pour passer cest yver) - ,

XXVI

Premierement, Colin Laurens,
Girard Gossouïn, Jehan Marceau,
Desprins de biens et de parens,
Qui n'ont vaillant l'anse d'un seau,
Chascun de mes biens ung fesseau
Ou quatre blans, s'ilz l'aiment mieulx ;
Ilz mengeront maint bon morceau,
Les enffans, quand je seray vieulx.

XXVII

Item, ma nominacïon,
Que j'ay de l'Université,
Laisse par resignacïon,
Pour seclurre d'aversité
Povres clers de cest cité
Soubz cest intendit contenus ;
Charité m'y a incité
Et Nature, les voyans nudz.

XXVIII

C'est maistre Guillaume Cottin
Et maistre Thibault de Vittry,
Deux povres clers parlans latin,
Humbles, biens chantans au lectry,
Paisibles enffans sans estry :
Je leur laisse sans recevoir
Sur la maison Guillot Gueutry,
En attendant de mieulx avoir.

XXIX

Item, et j'adjoinctz a la crosse
Celle de la rue Saint Anthoine,
Ou ung billart de quoy on crosse,
Et tous les jours plain pot de Seine
Aux pigons qui sont en l'essoyne,
Ensserés soubz trappe voliere,
Mon miroüer bel et ydoyne
Et la grace de la geolliere.

XXX

Item, je laisse aux hospitaux
Mes chassis tissus d'arignie,
Et aux gisans soubz les estaulx,
Chascun sur l'eul une grognee,
Trambler a chiere renfrongnee,
Megres, velus et morfondus,
Chausses courts, robe rongnee,
Gelez, murdriz et enfondus.

XXXI

Item, je laisse a mon barbier
Les rongnures de mes cheveux,
Plainement et sans destourbier ;
Au savetier mes souliers vieulx,
Et au freppier mes habitz tieulx
Que quant du tout je les delaisse ;
Pour mains qu'ilz ne cousterent neufz
Charitablement je leur laisse.

XXXII

Item, je laisse aux Mendïans,
Aux Filles Dieu et aux Beguines,
Savoureux morceaulx et fryans,
Chappons, flaons, grasses gelines,
Et puis prescher les .XV. signes
Et abatre pain a deux mains.
Carmes chevauchent noz voisines,
Mais cela, ce n'est que du mains.

XXXIII

Item, laisse le Mortier d'or
A Jehan, l'espicier, de la Garde,
Une potence de sainct Mor,
Pour faire ung broyer a moustarde.
Et celluy qui fist l'avantgarde
Pour faire sur moy griefz exploiz :
De par moy, saint Anthoine l'arde !
- Je ne luy feray autre laiz.

XXXIV

Item, je lesse a Mirebeuf
Et a Nicolas de Louviers,
A chacun l'escaille d'un oeuf
Plaine de francs et d'escus vieulx.
Quant au concierge de Gouvieulx,
Pierre de Rousseville, ordonne,
Pour le donner entendre mieulx,
Escus telz que le Prince donne.

XXXV

Finablement, en escripvant,
Ce soir, seulet, estant en bonne,
Dictant ces laiz et descripvant,
J'ouys la cloche de Serbonne,
Qui tous jours a neuf heures sonne
Le salut que l'ange predit ;
Si suspendis et mis en bonne
Pour prier comme le cueur dit.

XXXVI

Ce faisant, je m'entroubliay,
Non pas par force de vin boire,
Mon esperit comme lÿé.
Lors je sentis dame Memoire
Reprendre et mectre en son aulmoire
Ses especes colaterales,
Oppinative faulse et voire
Et autres intellectualles,

XXXVII

Et meismement l'estimative,
Par quoy prospective nous vient,
Simulative, formative,
Desquelles souvent il advient
Que, par leur trouble, homme devient
Fol et lunatique par moys ;
Je l'ay leu, se bien m'en souvient, En Aristote aucunesfois.

XXXVIII

Dont le sensitif s'esvailla
Et esvertua Fantaisie,
Qui les organes resveilla,
Et tint la souveraine partie
En suspens et comme mortie
Par oppressïon d'oubliance,
Qui en moy s'estoit espartie
Pour monstrer de Sens la lïance.

XXXIX

Puis que mon sens fut a repos
Et l'entendement desmellé,
Je cuiday finer mon propos,
Mais mon ancrë trouvay gelé
Et mon cierge trouvay soufflé ;
De feu je n'eusse peu finer,
Si m'endormis, tout enmouflé,
Et ne peuz autrement finer.

XL

Fait au temps de ladite datte
Par le bien renommé Villon,
Qui ne mengue figue ne datte,
Sec et noir comme escouvillon ;
Il n'a tente ne pavillon
Qu'il n'ait lessié a ses amis,
Et n'a mais q'un peu de billon
Qui sera tantost a fin mis.                 



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Christian MALAPLATE
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Posté le: 28 Janvier 2016 10:38
Sujet de la contribution: Traces_de_Lumière_du_lundi_02_novembre_2015_François_VILLON

Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie

" Car ou soies porteur de bulles,
Pipeur ou hasardeur de dés,
Tailleur de faux coins et te brûles
Comme ceux qui sont échaudés,
Traîtres parjurs, de foi vidés ;
Soies larron, ravis ou pilles :
Où s'en va l'acquêt, que cuidez ?
Tout aux tavernes et aux filles.

" Rime, raille, cymbale, luthes,
Comme fol feintif, éhontés ;
Farce, brouille, joue des flûtes ;
Fais, ès villes et ès cités,
Farces, jeux et moralités,
Gagne au berlan, au glic, aux quilles
Aussi bien va, or écoutez !
Tout aux tavernes et aux filles.

" De tels ordures te recules,
Laboure, fauche champs et prés,
Sers et panse chevaux et mules,
S'aucunement tu n'es lettrés ;
Assez auras, se prends en grés.
Mais, se chanvre broyes ou tilles,
Ne tends ton labour qu'as ouvrés
Tout aux tavernes et aux filles ?

" Chausses, pourpoints aiguilletés,
Robes, et toutes vos drapilles,
Ains que vous fassiez pis, portez
Tout aux tavernes et aux filles.



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Christian MALAPLATE
mail
Posté le: 13 Août 2016 19:15
Sujet de la contribution: Traces_de_Lumière_du_lundi_02_novembre_2015_François_VILLON

Cher Christian,

 
Mardi dernier, j'ai eu l'agréable surprise de trouver dans ma corbeille à la SPF le CD que tu avais confié à Claire pour me le remettre. Je t'en remercie beaucoup et surtout te félicite pour cette belle émission que tu animes chaque semaine.
 
Merci pour l'honneur que tu m'as fait de passer sur les ondes une bonne partie de ma Promenade poétique. Les comédiens qui ont prêté leur voix pour l'enregistrement en sont ravis également (je leur ai donné la référence de ton émission sur le site de la radio FM+ 91 FM Montpellier).
 
je te souhaite un bon weekend.
 
Amicalement,
 
Jean-Charles


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