Forums Brassens

Les forums de Brassens et de ses poètes

Connexion

Traces de Lumière

Aller à   
Rechercher
Auteur
Message Vue en arbre
Philippe PETIT
mail
Posté le: 16 Novembre 2013 17:08
Sujet de la contribution: Traces de Lumière du 21 octobre 2013 - Marina TSVETAIEVA

 

Les amis,

Pour écouter l'émission :

http://www.Tracesdelumiere.fr/emissions_traces/Traces_20131021_Marina_TSVETAIEVA.mp3

Cette émission était consacrée à Marina TSVETAIEVA,

autour de Je viens vers toi dans la nuit noire

Merci de donner votre senti autour de cette émission

à tout de suite

Philippe PETIT




Modifié 12 Juillet 2014 09:32
Haut 
Christian MALAPLATE
mail
Posté le: 23 Février 2015 17:53
Sujet de la contribution: Traces de Lumière du 21 octobre 2013 - Marina TSVETAIEVA

Dans le cadre du Printemps des Poètes 2015 -rediffusion de l'émission enregistrée en direct le 21 octobre 2013 - diffusion 02 mars 2015

Musique :

1-The street awkens (pièce pour piano) Roméo et Juliette PROKOFIEV

2-Prélude no-5 en sol mineur RACHMANINOV

3-Moment musical opus 16 no-4 RACHMANINOV

4-Sérénade pour piano en la majeur (cadenza finale) STRAVINSKY

5-Trois danses de La vie pour le tsar (Polonaise) GLINKA

6-Symphonie no-1 (larghetto) PROKOFIEV

7-Symphonie no-1 (gavotte) PROKOFIEV

8-Concerto pour violon et orchestre (canzonetta) TCHAÏKOVSKY

9-Barcarolle en sol mineur (Les saisons) TCHAÏKOVSKY

                                       -------

Lecture :  poèmes de Marina TSETAÏEVA extraits de :

Insomnie et autres poèmes collection poésie Editions GALLIMARD



Haut 
Christian MALAPLATE
mail
Posté le: 22 Juin 2015 06:27
Sujet de la contribution: Traces de Lumière du 21 octobre 2013 - Marina TSVETAIEVA

Le texte que je propose Marina TSETAÏEVA Je viens vers toi dans la nuit noire est écrit par Gil PRESSNITZER

que je remercie très chaleureusement. VoirTexte sur le site Esprits Nomades

 

Avec tous mes remerciements à mes amis ESPRITS NOMADES et à l'association Les Amis de la Volga - Merci pour vos mails d'encouragement.

Marina TSVETAÏEVA Je viens vers toi, dans la nuit noire -
------------------------------------

Marina petite souris grise du malheur où cours-tu si vite dans la nuit et le jour gris ? Tu as laissé tes ustensiles de femme de ménage dans cette sorte de prison pour femmes en ce triste pays Tartare, et tu cours, et tu sais où tu cours. Et tu sais pourquoi tu cours. Tu trébuches, tu pleures. Tu pleurais facilement, dans la peine, et dans le plaisir. Tes larmes te font parfois perdre le court chemin, pour rejoindre l'endroit où tu vas te pendre. Trop, c'est trop, tu n'en peux plus. « Salopard de Staline, salauds de rouges » aurais-tu pu maugréer : ils t'auront menti, ils t'auront tout pris. Mais ils n'auront pas tout. Dans un coin, tu as creusé un trou, non pas ta tombe, l'air sera juste assez vaste pour cela, mais la cachette de tes amours et de tes espérances. Pourvu que quelqu'un trouve ton butin d'écureuil de la mort, ta provision d'éternité pour tous les hivers encore à venir sur terre. Là, mélangé à cette terre noire un petit sac, et dans ce sac des lettres d'amours brûlantes qui feront fondre la glace qui arrive. Des lettres de ton amant que tu n'auras jamais rencontré. De cet homme, presque agonisant sa dernière année de vie, et que ta flamme a poussé à croire encore à l'amour et à l'écriture, à survivre encore un peu. Cet homme c'était Rilke, et votre correspondance fait depuis reculer l'indifférence du monde.

Il disait ainsi: ÉLÉGIE À MARINA TSVÉTAÏEVA (poème de Rilke pour Marina)

Ces pertes dans le Tout, Marina, ces étoiles  qui croulent !
Où que nous nous jetions, vers quelle étoile, nous
ne l'accroissons pas : le compte est toujours déjà clos.
Ainsi, qui tombe ne diminue pas le chiffre saint.
La chute renonçante choit dans l'origine et, là, guérit.
Tout ne serait-il donc que jeu, change du Même ou transfert,
et nulle part un nom, la place à peine d'un intime gain ?
Nous vagues, Marina, et mer ! Nous profondeurs, et ciel !

Nous terre, Marina, et printemps mille fois, ces alouettes
que l'irruption du chant jette dans l'invisibilité !
Nous l'entonnons en joie, déjà il nous a dépassés,
et soudain, notre poids rabat en plainte le chant.
Mais la plainte ? N'est-elle pas joie cadette, inversée ?
Les dieux d'en bas aussi veulent être loués :
si naïfs qu'ils attendent, comme l'écolier, l'éloge !
De la louange, aussi, laisse-nous être prodigues !
Rien n'est à nous. A peine si nous entourons de notre main
le col des fleurs incueillies. J'ai déjà vu cela au bord du Nil,
à Kôm-Ombo. Les rois se renonçant versent ainsi la libation.
Comme les anges marquent l'huis de qui doit être sauvé,
c'est ainsi qu'apparemment tendres, nous touchons ceci ou cela.

Au déjà emportés si loin, Marina, si distraits, même sous le plus profond prétexte. Faiseurs de signes, rien de plus.
Ce commerce léger, quand l'un de nous ne s'en arrange plus et se décide à prendre,
se venge et tue. Qu'il ait pouvoir de mort, en effet, nous l'avions tous compris à voir sa tendre retenue,
et la force étrange qui fait de nous vivants des survivants. Non-être, Sais-tu combien de fois
un ordre aveugle à travers l'antichambre glacé de nouvelle naissance nous porta ? Nous ? en corps fait d'yeux
sous des paupières innombrables disant non ? Porta le coeur terrassé de toute un race en nous ? Vers quelque but de migration
porta le vol, l'image aérienne de nos changements.

Les amants ne devraient, Marina, n'ont pas le droit d'en savoir trop sur leur déclin. Il leur faut être neufs.
Leur tombe seule est vieille. Leur tombe seule, de plus en plus sombre sous l'arbre sanglotant, se rappelle à jamais.
Leur tombe seule casse ; eux sont souples comme l'osier, l'outrance qui les ploie les tresse en riche couronne.
Comme ils s'effacent dans le vent de mai ! Du centre du Toujours où tu devines, tu respires, l'instant les exclut.
(Comme je vous comprends, ô féminines fleurs sur le buisson toujours le même. Et me répands de force dans l'air de la nuit
qui va vous effleurer.) Les Dieux on tôt appris à feindre des moitiés. Nous, inscrits dans l'orbite,
nous sommes devenus pleins comme le disque de la lune. Même à la phase décroissante, ou aux semaines du tournant,
nul qui puisse nous rendre à la plénitude, sinon non pas, seuls, au-dessus du paysage sans sommeil.


Marina, Marina, Tes amours incandescentes allaient aussi bien au mari, qu'aux amants, qu'aux amantes. Tu aimais la provocation et en pleine Russie révolutionnaire tu écrivais des poèmes à la gloire de l'armée Blanche (Camp des cygnes à la gloire de l'Armée blanche), en plein exil tu refusais de te mêler à la cohorte des Russes blancs de Paris ou de Prague. Libre, scandaleusement libre, tu riais à la face du monde. Mais le monde s'est vengé.

Misère et indifférence semaient en chemin ton quotidien. Tu écrivais en prose pour gagner les quelques pièces que la poésie ne rapporterait jamais. Les Drames se dressaient en talus de mort autour de toi : Mandelstam est mort, Alexandre Blok est mort, Pasternak qui t'avait suppliée de revenir est devenu l'un des poètes officiels de Staline, avant plus tard de devenir lui aussi un paria.

Tous se détournent de toi. Toi qui avais peur la nuit, peur de l'abandon et du désamour, te voici dans le lit glacé du néant si proche.

Tu cours et tu te rappelles à peine le nom de ce bled, Yelabuga, au bout des steppes du monde, là où aucun amour ne pousse. Dix jours seulement que tu es dans ce fossé du monde, dix jours que tu fais les ménages, dix jours d'humiliation qui s'ajoutent aux misères de l'exil, à l'horreur du retour en Russie.

Tu as faim, tu n'as pas un sou, ton mari Efron Sérioja, a changé de camp une fois encore, il soutient les Soviétiques maintenant, agent double, lui qui fut un mari double. Il sera exécuté par ses nouveaux amis soviétiques en octobre 1944, qui l'ont arrêté dès 1939. Ta sœur Anastasia est arrêtée, tu ne la reverras plus jamais.

Ton fils Georgy, que tu aimais presque incestueusement, comme tous tes hommes, que tu appelais tendrement Mour, t'engueule parce que tu ne peux rien lui acheter. Il mourra au front en juillet 1944 en Lettonie. Ilina, ta seconde fille est morte de faim en 1920 à trois ans, dans tes bras, elle, la si mal-aimée de toi. Alya, la première, s'est rebellée contre toi, te renie et chante les vertus de l'ordre concentrationnaire stalinien dans laquelle elle s'est jetée en 1937, te laissant seule.

Son fiancé vous surveille. Et elle sera envoyée au bagne stalinien à vingt-sept ans et n'en sortira vivante qu'à quarante-trois ans!

Alya, elle par qui tu seras à nouveau vivante parmi nous. Qui aura rassemblé les bribes éparses de ton corps poétique, tes archives dispersées à la face du globe, Alya ton Antigone. En 1965 paraîtra ton premier volume de poèmes. 1965! Alya qui s'appelait Ariane.

 Pauvre, pauvre, tu es Marina, mais toi tu as été riche de la peau des autres et de mots à toi. Pauvre Marina, ils t'ont vite dépendue pour cacher à jamais ton corps dans la fosse commune du temps. On ne saura jamais où il repose, les doigts tendus vers un deuxième morceau de pain à partager avec l'humanité. Ils ont interdit tes poèmes, ils ont maudit ton présent, ils ont maudit ta mémoire. Ils sont bien plus morts que toi.Toutes ces vies gâchées! Cette solitude sans pain ni amitié.

Ce jour-là, le 31 août 1941, il ne te restait que quelques sous pour acheter seulement un pain. Trop, trop pour toi cette honte, toi la fière et l'indomptée. Et à quarante-neuf ans tu as laissé ton corps flotter au bout d'une corde. Cette corde que tu avais volée, que tu avais serrée contre toi dans ce drôle d'été tatare, que tu avais fait, presque religieusement au travers de tes larmes, passer dans la branche d'arbre pour tenter de l'accrocher. 

Faire un nœud, surtout faire un large nœud où passer cette pauvre, pauvre tête. Non pas un nœud, mais une fenêtre. Des oiseaux chantent, ils s'arrêtent soudain, les bouleaux bougent sous le vent, ils tremblent pour toi en fait.

Tu es si petite, l'arbre est si grand, si haut. Encore et encore, il faut qu'elle s'accroche cette corde pour toi qui n'as pas accroché ta vie. Enfin, elle tient. Tu es presque contente, comme si tu venais de gagner ton dernier tour de manège. Pas le temps de battre des mains, sinon tu accepterais de te traîner encore dans cette vie où l'on rampe, où l'on est mendiante. Tu prends ton souffle pour le dernier souffle, tu ne pleures plus, une joie sauvage monte en toi.

Enfin, et Mour qui attend pour te réclamer encore des habits neufs.

Il ne te comprend pas, tu es seule, le mari est dans les mâchoires de la police secrète, celle qui t'accable maintenant te pressant de dénoncer les émigrés russes, les amis sont partis sous terre, ou sous la honte. Akhmatova, la chère Akhmatova tente de survivre et pense à des requiems à venir. Tu es seule, dans ton dernier exil, mais dans un pays où personne ne peut te poursuivre.

Pardon pour les autres, mais pour toi cela suffit. Plus d'amour sur cette terre de malheur, les corps soyeux de tes amantes (ah Sophia !), de tes amants se sont envolés. Un silence encore, des bribes de mots de poèmes que tu n'écriras pas, une pensée encore: est-ce que quelqu'un trouvera mon paquet, pas mon corps, mais mon paquet avec les lettres?

Il fera beau aujourd'hui. Et puis ce saut dans le vide, sans appui mais tu n'en avais plus. Vertige du papillon, soubresaut de l'hirondelle aux ailes brisées, tu te balances enfin dans l'air léger, enfin ton petit corps fait sa balançoire, tu redeviens l'enfant, la petite fille des jardins publics, tu te balances, Marina, tu te balances Marina. Même pas mal, même pas mal. Si les amis pouvaient me voir, si les amis pouvaient me pousser un peu. Aucun oiseau n'ose se poser sur toi. Il fera vraiment beau aujourd'hui, vraiment. C'est dimanche, les cloches vont sonner, tu as à peine quarante-huit ans.

Elle s'est réfugiée dans la mort en fourrant sa tête dans un nœud coulant, comme on la cache sous un oreiller. (Pasternak).


Marina, Marina, Ton besoin d'amour éperdu était impossible à rassasier sur cette terre. Ton mari écrit ceci : « Marina est une créature de passions. Se jeter dans la tempête la tête la première est devenu pour elle une nécessité, l'air de la vie. Celui ou celle qui a déchaîné la tempête n'a pas d'importance. Une personne est imaginée et la tempête se déchaîne. Si l'insignifiance de l'objet se découvre rapidement, Marina se livre à un nouvel ouragan de désespoir et va vers un nouveau stimulant. Peu importe quoi, peu importe comment. Il ne s'agit pas de la réalité des choses, mais d'un rythme, d'un rythme forcené. »

Ton mari avait vu juste en toi. Mais jamais tu ne fus plus vieille que l'amour. Tu te consumais, tu ne trichais point. Ma belle voleuse de feu, tu seras passée d'une enfance de fille gâtée et insouciante à une vie de femme crucifiée dans les souffrances et les cercles de faim de Meudon à Clamart, tu seras passée de partout sur cette terre. Mais toujours affamée de pureté et d'azur, de tendresse charnelle et de mots tumultueux. Marina, Marina, la dernière des romantiques en ce siècle.

Qui étais-tu, petite princesse de Moscou, née le 26 septembre1892, d'une famille de la haute bourgeoisie qui voulut faire de toi une pianiste virtuose. Mes pensées vont à toi, reine de mots oubliés, de libertés chèrement acquises, de passion flamboyante. Petite reine des temps jadis aurait dit Milosz. Qui étais-tu avec ton visage « de ciel et d'eau »?

 Toi Marina Ivanova Tsvetaeva, tu regardais parfois les crânes que collectionnait ton père, fondateur du musée Pouchkine. La mer, la langue allemande seront des trésors de jeunesse, la poésie ton journal intime. Toi qui, fascinée par Napoléon quitte tout à 16 ans pour voir Sarah Bernhardt dans L'aiglon sur une jambe. Une jambe pour une horrible pièce. Tu apprends à ne jamais refouler tes pulsions, les suivre, même les précéder. Tu ne seras pas la petite fille modèle, mais l'éternel trublion, cheval fou dans les prairies de la vie, amante exaltée. Tu te maries aussi par provocation avec un être trouble et pâlot qui te suivra toute ta vie.

Tes airs d'enfant que tu garderas toujours, toi qui n'étais pas forcément belle, tu en useras pour entraîner dans la toile d'araignée de ton lit tes proies que tu aimais tant. Ton siècle semble t'avoir été étranger, et ta barque à bout d'amour s'est échouée dans le froid et les brumes lointaines.

Tu étais flamme, brûlante et brûlée. Tu auras subjugué Pasternak, Mandelstam, Rilke et tant d’autres. Tu les as touchés comment ? Par des frôlements d'ailes répondra Rilke. Toi qui te voulais oiseau et non point femme, tu fus les deux, tu as volé et chanté, tu as aimé. Tu te savais éphémère:

Et la vie sera là, son pain, son sel
Et l'oubli des journées
Et tout sera comme si sous le ciel
Je n'avais pas été

Toi qui as écrit la plus lucide épitaphe à l'amour : Si vous ne m'oubliez pas comme je vous oublie, c'est que vous ne m'avez jamais subie comme je vous ai subis. Si vous ne m'oubliez pas absolument, c'est qu'il n'y a rien d'absolu en vous, même l'indifférence. J'ai fini par ne pas vous reconnaître ; vous n'avez jamais cherché à me connaître. (Neuf lettres, avec une dixième retenue, et une onzième reçue).

Toi, tu savais ce qu'aimer voulait dire comme immolation et transformation : l'amour est pour moi le lien privilégié de l'infini et l'étroitesse m'a toujours étouffée : aimez le monde en moi, non pas moi dans le monde.

Qui étais-tu Marina ? Tu réponds : « Regarde le ciel par la fenêtre, tout de moi y est dit ». Marina, Marina, ma petite sœur, ma souris grise, tu trottes en moi et bien plus que le temps. Exilée, oppressée tu te seras trompée à chaque fois dans tes choix politiques ou amoureux, mais c'est toi qui avais raison tout au bout. Sans filet tu t'es jetée dans le trapèze mortel de la vie. Tu riais sans cesse et les bourreaux redoublaient de coups sans t'atteindre. Tu semblais naître et renaître du feu du monde, salamandre des douleurs et des amours. Étoile brûlante qui se brûle et nous brûle, tu laisses non pas des cendres mais des braises derrière toi. 

«Tsvetaeva était une femme à l'âme virile, active, décidée, conquérante, indomptable. Dans sa vie comme dans son œuvre, elle s'élançait impétueusement, avidement, presque avec rapacité vers le définitif et le déterminé ; elle alla loin dans cette voie et y dépassa tout le monde. » -disait Pasternak qui croyait te connaître et avait si peur de toi.

Marina, Marina, Les hommes et les femmes que tu aimas si fort et qui ne te valaient pas auront abrité un temps ta chaleur et ton exaltation, puis t'auront laissée aux matins blêmes de ta lucidité. Et tu repartais à l'assaut du feu et des jours, soldat intrépide refusant les tranchées de la routine et toujours amoureuse. Et tes mots sont un torrent de montagne qui emporte tout. Combien d'autres poèmes auraient pu naître si tes mains n'avaient pas été envahies par les corvées de lessive, de vaisselle, de couches, de bois, de douleurs ?

Toi la flamboyante tu auras dû vivre comme une pauvre servante avec une âme indomptable qui cognait en toi : « Il ne s’agit pas de vivre et d’écrire mais de : vivre - écrire et de : écrire - vivre. C’est dire que tout ne s’accomplit et même ne s’éprouve (ne se comprend) que dans un cahier ».

 Marina, Marine.

Tel est fait de pierre, tel est fait d'argile,
Mais moi, je m'argente et scintille
Je m'occupe de trahir, je m'appelle Marine,
Je suis la fragile écume marine.

 Émigrée perpétuelle dans une vie chaotique, tu as pris tous les risques, dans ta vie, dans ton œuvre. Exilée en 1922, à Berlin, en Tchéquie (trois ans), en France (treize ans!), tu n'auras revu ton pays qu'en 1939, et celui-ci t'aura éliminée de la vie publique, te poussant à la misère et à la mort:

Mon pays m'a chassée si loin
qu'un limier ne verrait, je pense,
passant mon âme au peigne fin
la moindre marque de naissance.

 Tes joies d'enfant, tes cheveux qui ne voulaient point blanchir, toi qui avais peur de l'herbe de l'oubli, doucement maintenant. C'est fait. Tous les coups sont étouffés, il suffit de trouver un endroit où s'étendre et dormir, sur toi et tes mots. Les vivants de passage sont sans âge, dispersés comme des jeux de carte disais-tu, tes mots leur sont étrangers et vides sans doute. Pour d'autres ils sont ces buissons rouges qui permettent de croire encore que la poésie libère les corps enlisés, emmurés. Des sorbiers face au néant.

«Dans mes veines coule non pas du sang, mais de l'âme. » lançais-tu fièrement toi qui savais que « L'âme grandit de tout, surtout des pertes ».

Et des pertes tu en savais le cours : ta fille Irina, ton mari Sergueï, la déportation de ta fille Alya, et la perte même de ta vie quotidienne entre pauvreté et famine, mépris des autres et amours impossibles ou pire décevantes.

« Comment ça va la vie avec une autre, plus simple n'est-ce pas ? Comment ça va avec n'importe qui, dites comment ça va quand on est mon élu ? Comment « ça va vivre », comment va-t-elle la force d'être ? Comment, ça va l'ami ? Plus douloureux, moins douloureux, que pour moi près d'un autre ? » demandes-tu jalouse.
Eh bien cela va haut et fort quand tu ne sembles parler que pour nous, moins bien quand ton absence laisse un lit vide dans les jours. Et la pacotille de la vie sans toi passe mal.

Qui sans connaître le russe ne pourra jamais que rester sur les rives de ta poésie, et se contenter de ton théâtre ou de ta prose.

Ton traitement de la langue russe est si personnel, si moderne, travaillant sans cesse sur les sons, les éclats, les envolées.

Ton énergie amoureuse aura aussi fouetté la poésie russe qui ne sera plus la même après tes laves de mots, tes élégies de tendresse. Tu auras secoué les mots comme des grelots. Ils devenaient rafales, balles en plein cœur, un feu de bois flambant haut et fort. Poésie en combustion pure, toi flamme ardente tu ne pouvais ronronner au coin des images, tu as tordu en un seul fagot ta vie et ta poésie. 

Rien ne s'oublie. Il y a quelque chose dans la poésie qui est plus important que le sens : la résonance.  Nous disais-tu. Oui tu résonnes, toi l'incandescente.

 Tu voulais n’être « qu’une passante de l’éternité » et tu ne te seras à peine que faufilée entre les jours et les corps : la plus belle victoire
sur le temps et la pesanteur
c'est peut-être de passer
sans laisser de trace
de passer sans laisser d'ombre.

 



Modifié 05 Août 2015 06:09
Haut 
Christian MALAPLATE
mail
Posté le: 26 Juin 2015 19:27
Sujet de la contribution: Traces de Lumière du 21 octobre 2013 - Marina TSVETAIEVA

Je veux remercier Gil PRESSNITZER dont je me suis servi de son texte en partie pour présenter Marina-

Je vous présente l'Association ESPRITS NOMADES des grands amis de la poésie, de la musique...

Esprits Nomades

Écrits en partage

Hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux,
de rébellion, de bienfaisance,...
Essaime la poussière,
nul ne décèlera votre union.

(René Char) Commune présence

Cette phrase exergue sur la page d’accueil donne le but et le sens du site Internet créé par l’association Esprits Nomades et qui constitue sa principale raison d’être.
Et le tableau introductif de Carlos Pradal est aussi emblématique de notre démarche : depuis 2001, le site propose aux internautes un vagabondage dans le monde de la musique, de la littérature et de la poésie, de la photo et de la peinture… et il rend hommage aux créateurs.

Ce site francophone est né de la volonté de transmettre des coups de cœur et des rencontres avec des artistes et des écrivains souvent mal connus à cause de la barrière des langues ou des modes critiques, mais qui sont toujours dans nos mémoires. Croisement des pays et des genres, métissages des sons et des couleurs, il répond aussi au désir de passage entre les cultures.

La ligne éditoriale d’espritsnomades.com privilégie les publications originales, les découvertes ou redécouvertes d’artistes oubliés et d’œuvres fondatrices, les coups de cœur esthétiques, la cohérence et l’exigence de l’écriture et de l’expression…

 

Sous l’égide de Gil Pressnitzer, fondateur et rédacteur en chef et d’une équipe éditoriale, des textes originaux ont donné la couleur de ce site qui a acquis une audience certaine, d’environ 445 000 visites par an, et 810 000 pages lues…
espritsnomades.com s’enrichit chaque jour de nouvelles pages et des contributions inédites d’écrivains, de photographes, de plasticiens.
Citons Michel Roquebert, Henry Lhong, et Yves Charnet, les photographes Michel Dieuzaide et François Canard. Marie Artemoff nous a permis de rendre hommage au peintre Georges Artemoff, Li Jinyuan et Benoît Vermander nous ont révélé la peinture chinoise. Des amis traducteurs, Jacques Ancet, Michel Aucouturier, Margit Molnar… nous ont ouvert les fenêtres d’autres langues…
 
Au fil des années des thématiques particulières ont été traitées :
- la littérature du désastre avec des traductions inédites de Paul Celan, Nelly Sachs, Rose Ausländer, Else Lasker-Schüller, Christine Lavant, Ingeborg Bachman, Irme Kertesz…
- la littérature encore mal connue, hongroise ou tchèque,yiddish…
- une histoire de la peinture toulousaine au tournant des années soixante nous raconte Igon, Pistre, Marfaing, Schmidt, Thon… grâce au vécu de temoins essentiels (Denis Milhau, Henry Lhong, Michel Roquebert, Pierre Cadars, Robert Aribaut…)
- le site rend aussi hommage bien sûr à notre « parrain » Claude Nougaro et à tant d’autres.

Pour connaître le monde, il faut d’abord connaître son lopin de terre. La marque originale d’espritsnomades.com est riche des artistes de Midi-Pyrénées souvent ignorés, écrivains, peintres, photographes. Puis, il joue un rôle de passeur vers les cultures européennes ou extra-européennes… à vous d’en faire votre miel.

 

 

 



Haut 
Aller à   
Rechercher
Webmaster - Powered by Ovidentia
Ovidentia™ is a registered trademark of Cantico.

Liste des évènements dans l'Agenda

Les articles de JP Sitting Bull

Lettres de Brassens et ses poètes

Jardin d'Isis

Traces de Lumières

Prélude

Brassens, Brel, Ferrré

Nos liens favoris

Novembre 2017  S.47

L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30      

Utilisateur

Vous n'êtes pas connecté

Multi -Forums Brassens

Michel LAVAUD

Dans cette section hommage à Michel LAVAUD poète et chanteur creusois  

Michel Lavaud

Questionnaire