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JP_ FASSBENDER
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Posté le: 29 Décembre 2014 18:48
Sujet de la contribution: J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin

J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin

(Victor Hugo)

 

Faut-il ainsi comprendre que, seulement il y a un peu moins deux  siècles, Victor Hugo bousculait  l'alexandrin hors de son enclave monotone, limitant cette impression de débit comme en tranches régulières de saucisson (surtout quand le poème est long), si j'ose l'écrire ; césure et respiration après six pieds, ce classique des vers  classiques, coupé en deux hémistiches... dont certains auteurs ont pourtant fait des merveilles. (Le Cid de Corneille pour exemple)

L'alexandrin  classique enfermé dans une structure stricte, mélodieux certes, mais répétitif voire pompeux et grandiloquent, Victor Hugo le transgresse en quelque sorte. Il va nous apporter un peu plus de magie et de rythme.

Et pourtant !.. sa pièce « Hernani » va outrer ; innovant,  le souffle est moins mécanique (grâce à l'enjambement, au rejet, à la césure parfois déplacée, ou à  l'alexandrin  "sectionné"  à plusieurs endroits), les élans verbaux du texte donnent plus de relief (il évite l'usage de l'inversion jadis trop usitée par soucis du calcul de la métrique), et humeur moins grave ou solennelle, l'humour côtoie le drame.

En 1830, cette écriture donne, à la manière de jouer, de dire,  un ton nouveau, et donc ça heurte. Les  "pour" et les "contre" dureront  le temps que durera à la fois la popularité ou la controverse liée à la versification de cette pièce. Le style n'est pas encore dans l'air, dans l'art du temps ; les codes de la tragédie sur une scène de théâtre ont besoin d'un changement. Mais les bouleversements demandent du recul, de l'acceptation aussi, « La Bataille d'Hernani »,

(Caricature ; on voit Hugo, Dumas, etc. "chassés du temple") 

« Les Gardiens du Temple » (ces expressions viennent de là), avec ces conflits de principes, restés dans les annales.

Ce qui est sûr, c'est que le genre poétique va y gagner en beauté, en éventail, en créativité, en légèreté, en élégance. Hué ?..  ou adulé ?... mais avec beaucoup plus d'harmonie et d'ouverture, c'est l'évidence... et la raison et le juste milieu en écriture, le renouveau de ce "vers-alexandrin" sera profitable à toute plume à venir.

(autre férocité, ici de une lithographie de Langlumé)

Ce romantisme naissant avec  cet alexandrin revisité qui tout en restant classique devenait moins figé. Libéré et  toujours apprécié, classique ou pas, car Hugo alternait les deux, l'alexandrin reste, restera  et est toujours ce vers "fonctionnel" aux capacités verbales multiples

Si la rime,  riche ou plus sage, demeure la perle auditive, avez-vous remarqué qu'on sait lire des vers de Victor Hugo sans trop se soucier de l'écho sonore de ladite rime ?

Probablement, les suites de cette "bataille littéraire", une fois l'apaisement retrouvé, prouvera à quel point, le mélange des genres est une richesse...

Et de conclure en citant Paul Fort : « il faut être de toutes les écoles avec conviction. Autrement dit, il ne faut être d'aucune » 

..........

Bonne Journée à Toutes, Tous.

JP F. Sitting Bull



Modifié 31 Décembre 2014 23:22
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JP_ FASSBENDER
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Posté le: 30 Décembre 2014 16:20
Sujet de la contribution: Quelques mots à un autre

Quelques mots à un autre

On y revient ; il faut y revenir moi-même.
Ce qu'on attaque en moi, c'est mon temps, et je l'aime.
Certe, on me laisserait en paix, passant obscur,
Si je ne contenais, atome de l'azur,
Un peu du grand rayon dont notre époque est faite.

Hier le citoyen, aujourd'hui le poète ;
Le "romantique" après le "libéral". -- Allons,
Soit ; dans mes deux sentiers mordez mes deux talons.
Je suis le ténébreux par qui tout dégénère.
Sur mon autre côté lancez l'autre tonnerre.

Vous aussi, vous m'avez vu tout jeune, et voici
Que vous me dénoncez, bonhomme, vous aussi ;
Me déchirant le plus allégrement du monde,
Par attendrissement pour mon enfance blonde.
Vous me criez : «Comment, Monsieur ! qu'est-ce que c'est ?
La stance va nu-pieds ! le drame est sans corset !
La muse jette au vent sa robe d'innocence !
Et l'art crève la règle et dit : «C'est la croissance !-»
Géronte littéraire aux aboiements plaintifs,
Vous vous ébahissez, en vers rétrospectifs,
Que ma voix trouble l'ordre, et que ce romantique
Vive, et que ce petit, à qui l'Art Poétique
Avec tant de bonté donna le pain et l'eau,
Devienne si pesant aux genoux de Boileau !
Vous regardez mes vers, pourvus d'ongles et d'ailes,
Refusant de marcher derrière les modèles,
Comme après les doyens marchent les petits clercs ;
Vous en voyez sortir de sinistres éclairs;
Horreur! et vous voilà poussant des cris d'hyène
A travers les barreaux de la Quotidienne.

Vous épuisez sur moi tout votre calepin,
Et le père Bouhours et le père Rapin ;
Et m'écrasant avec tous les noms qu'on vénère,
Vous lâchez le grand mot : Révolutionnaire.

Et, sur ce, les pédants en choeur disent : Amen !
On m'empoigne; on me fait passer mon examen ;
La Sorbonne bredouille et l'école griffonne ;
De vingt plumes jaillit la colère bouffonne :
«Que veulent ces affreux novateurs? ça des vers ?
Devant leurs livres noirs, la nuit, dans l'ombre ouverts,
Les lectrices ont peur au fond de leurs alcôves.
Le Pinde entend rugir leurs rimes bêtes fauves,
Et frémit. Par leur faute aujourd'hui tout est mort ;
L'alexandrin saisit la césure, et la mord ;
Comme le sanglier dans l'herbe et dans la sauge,
Au beau milieu du vers l'enjambement patauge;
Que va-t-on devenir ? Richelet s'obscurcit.
Il faut à toute chose un magister dixit.
Revenons à la règle, et sortons de l'opprobre ;
L'hippocrène est de l'eau ; donc le beau, c'est le sobre.
Les vrais sages ayant la raison pour lien,
Ont toujours consulté, sur l'art, Quintilien ;
Sur l'algèbre, Leibnitz ; sur la guerre, Végèce.»

Quand l'impuissance écrit, elle signe: Sagesse.

Je ne vois pas pourquoi je ne vous dirais point
Ce qu'à d'autres j'ai dit sans leur montrer le poing.
Eh bien, démasquons-nous! c'est vrai, notre âme est noire ;
Sortons du domino nommé forme oratoire.
On nous a vus, poussant vers un autre horizon
La langue, avec la rime entraînant la raison,
Lancer au pas de charge, en batailles rangées,
Sur Laharpe éperdu, toutes ces insurgées.
Nous avons au vieux style attaché ce brûlot:
Liberté ! Nous avons, dans le même complot,
Mis l'esprit, pauvre diable, et le mot, pauvre hère ;
Nous avons déchiré le capuchon, la haire,
Le froc, dont on couvrait l'Idée aux yeux divins.
Tous on fait rage en foule. Orateurs, écrivains,
Poëtes, nous avons, du doigt avançant l'heure,
Dit à la rhétorique : -- Allons, fille majeure,
Lève les yeux ! -- et j'ai, chantant, luttant, bravant,
Tordu plus d'une grille au parloir du couvent ;
J'ai, torche en main, ouvert les deux battants du drame ;
Pirates, nous avons, à la voile, à la rame,
De la triple unité pris l'aride archipel ;
Sur l'Hélicon tremblant j'ai battu le rappel.
Tout est perdu! le vers vague sans muselière !
A Racine effaré nous préférons Molière ;
O pédants ! à Ducis nous préférons Rotrou.
Lucrèce Borgia sort brusquement d'un trou,
Et mêle des poisons hideux à vos guimauves ;
Le drame échevelé fait peur à vos fronts chauves ;
C'est horrible ! oui, brigand, jacobin, malandrin,
J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin ;
Les mots de qualité, les syllabes marquises,
Vivaient ensemble au fond de leurs grottes exquises,
Faisaient la bouche en coeur et ne parlant qu'entre eux,
J'ai dit aux mots d'en bas : Manchots, boiteux, goîtreux,
Redressez-vous! planez, et mêlez-vous, sans règles,
Dans la caverne immense et farouche des aigles!
J'ai déjà confessé ce tas de crimes-là ;
Oui, je suis Papavoine, Érostrate, Attila :
Après ?

 Emportez-vous, et criez à la garde,
Brave homme ! tempêtez ! tonnez ! je vous regarde.
Nos progrès prétendus vous semblent outrageants ;
Vous détestez ce siècle où, quand il parle aux gens,
Le vers des trois saluts d'usage se dispense;
Temps sombre où, sans pudeur, on écrit comme on pense,
Où l'on est philosophe et poëte crûment,
Où de ton vin sincère, adorable, écumant,
O sévère idéal, tous les songeurs sont ivres.
Vous couvrez d'abat-jour, quand vous ouvrez nos livres,
Vos yeux, par la clarté du mot propre brûlés;
Vous exécrez nos vers francs et vrais, vous hurlez
De fureur en voyant nos strophes toutes nues.
Mais où donc est le temps des nymphes ingénues,
Qui couraient dans les bois, et dont la nudité
Dansait dansla lueur des vagues soirs d'été ?
Sur l'aube nue et blanche, entr'ouvrant sa fenêtre,
Faut-il plisser la brume honnête et prude, et mettre
Une feuille de vigne à l'astre dans l'azur ?
Le flot, conque d'amour, est-il d'un goût peu sûr ?
O Virgile, Pindare, Orphée ! est-ce qu'on gaze,
Comme une obscénité, les ailes de Pégase,
Qui semble,les ouvrant au haut du mont béni,
L'immense papillon du baiser infini ?
Est-ce que le soleil splendide est un cynique ?
La fleur a-t-elle tort d'écarter sa tunique ?
Calliope, planant derrière un pan des cieux,
Fait doncmal de montrer à Dante soucieux
Ses seins éblouissants à travers les étoiles ?
Vous êtes un ancien d'hier. Libre et sans voiles,
Le grand Olympe nu vous ferait dire : Fi !
Vous mettez une jupe au Cupidon bouffi ;
Au clinquant,aux neuf soeurs en atours, au Parnasse
De Titon du Tillet, votre goût est tenace ;
Apollon vous ferait l'effet d'un Mohican ;
Vous prendriez Vénus pour une sauvagesse.

L'âge -- c'est là souvent toute notre sagesse --
A beau vous bougonner tout bas: «Vous avez tort,
Vous vous ferez tousser si vous criez si fort ;
Pour quelques nouveautés sauvages et fortuites,
Monsieur, ne troublez pas la paix de vos pituites.
Ces gens-ci vont leur train ; qu'est-ce que ça vous fait ?
Ils ne trouvent que cendre au feu qui vous chauffait.
Pourquoi déclarez-vous la guerre à leur tapage ?
Ce siècle est libéral comme vous fûtes page.
Fermez bien vos volets, tirez bien vos rideaux,
Soufflez votre chandelle, et tournez-lui le dos !
Qu'est l'âme du vrai sage ? Une sourde-muette.
Que vous importe, à vous, que tel ou tel poëte,
Comme l'oiseau des cieux, veuille avoir sa chanson ;
Et que tel garnement du Pinde, nourrisson
Des Muses, au milieu d'un bruit de corybante,
Marmot sombre, ait mordu leur gorge un peu tombante ?»

Vous n'en tenez nul compte, et vous n'écoutez rien.
Voltaire, en vain, grand homme et peu voltairien,
Vous murmure à l'oreille: «Ami, tu nous assommes !»
-- Vous écumez ! -- partant de ceci : que nous, hommes
De ce temps d'anarchie et d'enfer, nous donnons
L'assaut au grand Louis juché sur vingt grands noms ;
Vous dites qu'après tout nous perdons notre peine,
Que haute est l'escalade et courte notre haleine ;
Que c'est dit, que jamais nous ne réussirons ;
Que Batteux nous regarde avec ses gros yeux ronds,
Que Tancrède est de bronze et qu'Hamlet est de sable.
Vous déclarez Boileau perruque indéfrisable ;
Et, coiffé de lauriers, d'un coup d'oeil de travers,
Vous indiquez le tas d'ordures de nos vers,
Fumier où la laideur de ce siècle se guinde
Au pauvre vieux bon goût, ce balayeur du Pinde ;
Et même, allant plus loin, vaillant, vous nous criez :
«Je vais vous balayer moi-même !»

Balayez.

Victor Hugo  Recueil : Les contemplations

de ce 19ème siècle, voilà ce que j'appellerais  "un coup de canif littéraire"   lancé avec élégance...

"J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin", ce vers se retrouve dans ce plaidoyer, dans ce magnifique "coup de griffe" de plume qui crisse !

Bonne Journée à Toutes, Tous.



Modifié 31 Décembre 2014 23:15
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JP_ FASSBENDER
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Posté le: 04 Janvier 2015 16:28
Sujet de la contribution: La Bataille d'Hernani

Lors des répétitions précédant la  ''première'' d'Hernani (25 février 1830), on rapporte des discussions fortes qui opposaient Victor Hugo à Mademoiselle Mars, sa principale interprète. Celle-ci, en  effet, aurait bien voulu modifier quelques vers qui sonnaient bizarrement à son oreille d'actrice habituée au style classique.

Victor Hugo lui lança :

« Madame, vous êtes une femme de grand talent, mais... je dois vous apprendre je suis un homme de grand talent. Tenez-le-vous pour dit et traitez-moi en conséquence ! »  

Malgré la cinquantaine dépassée, Mademoiselle Mars fit merveille dans son rôle d'une Dona Sol de 17 ans.

De la ''première'' d'Hernani, retenons  dans la salle le voyant gilet rouge de Théophile Gauthier au milieu d'un représentatif groupe d'amis "Romantiques" face un autre rassemblement, des  "Classiques", qui  voulaient  troubler cette soirée. Huer d'un côté, défendre de l'autre.

Jouée pourtant à cent reprises, et chaque soir, ponctuée d'incidents divers, d'orageux  mécontentements  de principes, de discussions ou de coups sifflets, finalement, du jeu des acteurs, un autre jeu s'installait : deviner quel vers sera houspillé tel ou tel soir ?

Pour avoir marqué les esprits, cet événement qui fait date dans l'histoire du théâtre et des lettres françaises, sans forcément l'associer au contenu de la trame, du drame de la pièce, cette agitation reproduite à chacune de ses représentations, sera baptisée : « La Bataille d'Hernani »

Passion racinienne, honneur  cornélien  pour des alexandrins soit disant malmenés  dans le sacro-saint Théâtre-français, anecdote amusante en passant, un trognon de chou atteignit la tête de Balzac, mais plus grave hélas, un jeune homme mourut en duel pour avoir défendu l'honneur de Victor Hugo.

Théophile Gauthier, défenseur dès le début, deviendra  un fidèle ami de Victor Hugo. Il dira :

« Pour nous, le monde se divisait en flamboyants et en grisâtres. Les uns étaient l'objet de notre amour, les autres de notre aversion. Nous voulions la vie, la lumière, le mouvement, de l'audace de pensée et d'exécution... »

En fait, avant que n'éclate la Révolution de 1830 qui allait voir basculer l'Ancien Régime, le théâtre venait de vivre la sienne.

...................

Voilà, voilà...

Bon Dimanche à toutes, Tous.

JP F. Sitting Bull

 



Modifié 04 Janvier 2015 17:31
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JP_ FASSBENDER
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Posté le: 31 Mars 2015 22:25
Sujet de la contribution: Victor Hugo : La Gloire à 20 ans

Jean-François Deniau évoque les jeunes années de Victor Hugo et sa célébrité précoce. Le roi de France le fit en effet Chevalier de la Légion d'Honneur à 23 ans. Jean-François Deniau revient également sur la bataille d'Hernani, c'est- à-dire l'ensemble des polémiques et des chahuts qui accompagnèrent les représentations de la pièce Hernani de Victor Hugo. .

Cliquez sr ce lien URL, ci-dessous

http://education.francetv.fr/videos/la-gloire-a-20-ans-victor-hugo-v104376

 

 

Bonne Nuit à Toutes, Tous.

 

JP F. Sitting Bull

 

 



Modifié 31 Mars 2015 22:40
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