Traces de lumière du 19 Mars 2018 : La poésie dans l'échelonnement des tempérances nocturnes

 Printemps des poètes 2018  

 

 

"La poésie nous apprend à nous émerveiller 

Elle nous permet de méthamorphoser  notre existence.

La  poésie nous permet de rentrer en contact avec la beauté."

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Mots-clés du thésaurus:  TRACES DE LUMIERE  


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29 Mars 2018 18:43 - Christian MALAPLATE
La poésie

Les voix du poème (Printemps des poètes 2018)

C’est le cadeau que nous fait la poésie. Dans les moments importants de l’existence, elle se tient là, comme une amie précieuse. Elle nous confie une parole de vie. Il suffit d’écouter la langue parler et de se laisser traverser par le poème. Alors quelque chose aura lieu de profondément méditatif. Et c’est cela le plus décisif. Je crois que la poésie a besoin que nous nous familiarisions avec elle. L’idéal serait bien sûr de pouvoir apprendre un poème par cœur – il est alors à l’abri « dans votre cœur », comme le dit très bien l’expression, et il ne cessera plus, dès lors, de pouvoir vous rendre visite.

La poésie nous apprend  à nous émerveiller. Elle nous invite à faire rayonner cette expérience. Enfin elle permet à ce moment de métamorphoser notre existence toute entière. Elle nous permet d’entrer en contact avec la beauté. Elle reflète par les mots notre plus haut désir qui nous habite : le désir d’éveil, de liberté, de tendresse et d’amour.

Entrer dans la poésie, c’est accepter d’être étonné et émerveillé, même par un être aussi modeste qu’un papillon. Le regard poétique nous révèle ainsi qu’il n’y a pas de hiérarchie. Une écorce, la moindre pierre, un coquillage ramassé sur une plage ou un simple papillon peuvent nous parler du plus profond et du plus nécessaire.

Dans un poème chaque terme entre en rapport avec tous les autres, chaque chose est reliée à d’autres. Aussi lire un poème, est-ce entrer dans un jeu de résonances et de correspondances qui nous donne à voir d’une manière plus vaste. Charles BAUDELAIRE est un témoin éclatant de cet art.

La poésie nous permet de dire les épreuves que nous traversons : sans elle, elles resteraient muettes. Or tout être qui souffre a besoin de sentir qu’il appartient à l’humanité, et que son mal ne le met pas à l’écart. La poésie, met entre parenthèses nos préoccupations, pour mieux permettre ainsi de mieux coïncider avec le jeu du monde. Pour cette raison, elle est une source de joie pure.

Pour nous, êtres humains, rien n’est jamais fixe ni saisissable. Le bonheur que nous cherchons ne semble jamais totalement achevé. Ce que nous aimons s’étiole. L’état d’innocence que parfois nous retrouvons ne dure pas. Les apparences nous égarent. Et nous sommes rattrapés par des occupations difficiles qui nous écartent de l’essentiel. Là est une des douleurs propres à toute existence.

La poésie a beaucoup à voir avec une célébration de la solitude. Elle est évoquée non seulement par les poètes, mais aussi par les sages. Il faut être pleinement soi.

Se rendre compte que notre existence est un chemin est bouleversant. D’ordinaire, nous vivons avec un ensemble de projets et de buts que nous voudrions atteindre. Nous voudrions gagner de l’argent, trouver un meilleur travail, rencontrer l’âme sœur… Nous avançons totalement focalisés sur l’objectif à atteindre. Nous avons un problème, nous cherchons une solution. Du coup, nous sommes déçus et frustrés quand les choses ne vont pas assez vite. Notre impatience nous empoisonne. Il nous faut apprendre la patience d’attendre, de savoir cheminer en étant libéré du but. J’aime bien citer René CHAR qui dit : « En poésie, on n’habite que le lieu que l’on quitte, on ne crée que l’œuvre dont on se détache, on n’obtient la durée qu’en détruisant le temps. »

La poésie ne réside pas tant dans la beauté des choses que dans l’énigme même du monde – Elle chante aussi bien la mer que le rocher, l’enfant que l’homme qui souffre, la rose que le chardon. Elle restitue à tout être sa dimension  d’inconnu et de secret. Elle nous rend ainsi à la fois l’épaisseur et la transparence des choses. La poésie ne nous apprend pas à réfléchir sur  la nature de la réalité, mais à être la réalité. Elle est invitation à entrer plus avant dans le moment présent pour mieux le vivre. Nous vivons trop souvent dans l’ombre du passé – ressassant ce qui a eu lieu – ou projetés dans le futur, anticipant ce qui va nous arriver. La simplicité vivante de chaque moment nous échappe ainsi. Et nous ne pouvons pas alors goûter la saveur du réel.

L’écriture à haute tension, la parole douée d’une force d’incantation ou d’effraction, les chants rebelles, les improvisations brusques, les mots d’amour et d’humour, mais aussi l’ironie ou de l’abandon sont accueillis sans autre souci que de faire partager une singulière manière de dire, une exploration nouvelle du langage et du monde.

Qu’est-ce que la poésie ?  A mon sens la seule clé qui existe pour comprendre et aimer la poésie c’est: la poésie elle-même. Parce que, comme le dit Gaston Bachelard : «le poète est celui qui a le pouvoir de déclencher le réveil de l’émotion poétique dans l’âme du lecteur». Donc la vraie poésie est la seule qui parvient à éveiller de l’intérêt chez le lecteur. La vraie poésie s’adresse directement, sans passer par  l’intellect, au poète qui réside en chacun de nous. Car nous sommes tous poètes. Nous sommes tous capables de nous émerveiller, de ressentir une émotion poétique devant un paysage,- devant la beauté.

Le poète a donc pour mission de multiplier en nous les moments d’émotions intenses que nous vivons quand nous prenons conscience de la beauté autour de nous. Il le fait par l’éclat de son langage et par l’abondance des images qu’il nous offre. Le poète s’efforce de réveiller le poète endormi en nous. Il  nous empêche de perdre conscience de la beauté du monde. Ce qui est fort important. Car la beauté est l’art pur. Elle est ce qui nous console de vivre.

La poésie est aussi un jeu du langage. Pour exprimer la beauté le poète utilise les mots, les sonorités, le rythme. Le poète joue avec les sons et par là, inconsciemment, reproduit un  plaisir oublié de son corps : le jeu des sons. La poésie sourd du plus profond de l’enfance du poète.

Comme la peinture et les autres arts, la poésie a évolué au cours des siècles. Elle a d’abord servi de support à la mémoire des hommes. Une sorte de langage – outil  pour les aider à retenir les textes précieux qu’ils désiraient conserver dans leur mémoire. En effet, la répétition des sons, la rime, le rythme de la poésie aident à graver dans l’esprit les mots. Il est plus facile de retenir un texte poétique, qu’un texte en prose. C’est pourquoi tous les textes sacrés de toutes les religions du monde ont un langage poétique. De même que les prières, les formules des rituels religieux, les chants de travail, les récits épiques… et bien sûr les formules magiques dont il ne faut pas changer une seule syllabe si on veut que la magie agisse! Avant l’invention de l’écriture la poésie était le seul véhicule pour aider la mémoire des hommes à transmettre les connaissances essentielles d’une génération à l’autre. Et parce que ces textes précieux ont  été transmis oralement, ils ne se sont pas momifiés dans un langage archaïque. Ils sont encore aujourd’hui très modernes. Le langage oral,  contrairement au langage écrit, conserve la parole vivante. C’est pourquoi la poésie est souvent symbolisée par l’oiseau phénix qui renaît constamment de ses cendres. 

Pour apprécier la poésie moderne il ne faut pas utiliser son savoir. Mais demeurer dans la minute de l’image. Se laisser envahir par les images, les laisser soulever en nous des émotions, sans chercher à les nommer. Ces émotions dépassent les mots, résonnent au tréfonds de notre être, là où le poète en chacun de nous attend qu’on le réveille.

La poésie et le rêve utilisent  pour construire leurs images l’énergie libre de l’inconscient. Il devient plus facile de comprendre la poésie moderne si on l’aborde comme on aborde ses rêves. Si absurdes que nos rêves puissent nous apparaître parfois, jamais nous leur refusons une secrète  signification. La poésie et les rêves sont produits par un processus de l’inconscient qui fond ensemble plusieurs   pensées dans la même image. Une image qui a plusieurs sens contient plus d’émotion. 

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